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CEUX QUI SAVENT ༓ Chiharu Sugimoto

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Le tic-tac de l'horloge murale cadençait les secondes de son impartiale régularité. Il était quinze heures, ou approchant, mais le regard de Wataya ne se posant jamais sur le cadran, l'avocat n'aurait su dire que l'après-midi était déjà bien entamé. Aucune audience prévue ce jour-là, ni de rendez-vous avec des clients, alors il se permettait de s'affranchir de la contrainte de l'heure et de travailler sur la défense d'un client compliqué. Il épluchait le dossier en se demandant moins souvent comment il pouvait tordre la loi pour la faire se soumettre à son cas que de la meilleure manière d'empêcher les témoins-clés de se manifester sans pour autant les faire assassiner. Pas facile quand il s'agissait de personnalités bien protégées que rien ne semblait menacer. Alléger la peine de ses pires clients n'était jamais suffisant : il fallait les innocenter, ou ils vous tombaient dessus comme des rapaces au moment précis où ils retrouvaient la liberté. Et comme vous ne pouviez pas les innocenter, il vous fallait tricher un peu pour vous dépatouiller. Mais bien sûr, ça ne marchait pas à tous les coups, et Wataya sentait qu'il allait perdre.
On perdait toujours un peu quand on ne se coupait pas de ses anciennes fidélités, et on ne gagnait jamais vraiment jamais.
Il avait envie de fumer.
Les pas résolus dans le couloir ne l'alertèrent pas. Il n'avait aucune raison de se sentir menacé dans les locaux mêmes du Shinsengumi, et c'était peut-être pour cette raison qu'il avait accepté d'occuper l'un de leurs cagibis. Il avait presque perdu l'habitude de prêter attention à ce qui se passait autour de lui, à force, mais Wataya ne se considérait pas perdant au change. Il aimait bien ce cagibi qu'il avait décoré de beaucoup de photographies de sa fille bien aimée - souriante et boudeuse, de la peinture plein les mains, un air réprobateur qui le fixait parfois quand il déconnait.
Son mug de café était vide, il allait falloir le remplir bientôt.
Les pas s'arrêtèrent devant sa porte. Wataya releva la tête. Quelqu'un lui rendait visite.
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Un coup sec, frappé contre la porte.
Sugimoto entra dans le bureau sans attendre la réponse.
Le jeune homme avait beau être occupé par ses affaires, il avait trouvé le temps de s'immiscer dans des affaires qui ne le concernaient pas au premier plan. Cela lui arrivait rarement, mais parfois, il déviait de la ligne bien droite qu'il s'était fixée comme chemin et dérivait vers des eaux inconnues. Aujourd'hui ne faisait pas exception à la règle. La présence de Sugimoto Chiharu dans les locaux du Shinsengumi n'étonnait guère : on l'y avait déjà vu, après tout, et malgré les suspicions que l'on pouvait avoir à son égard, il y était toujours entré comme un citoyen modèle, qui n'avait rien à craindre de la loi.
Qu'on le vît fréquenter Wataya Kazunari, cela pouvait échauffer les langues ; un repenti d'Alcatraz et un homme que l'on soupçonnait d'avoir rejoint leurs rangs, voilà qui alimenterait les ragots. Sugimoto ne s'en souciait guère ; Wataya allait devoir se débrouiller seul s'il voulait étouffer les on-dits.
Il s'avança directement vers le bureau de Wataya. C'était un homme imposant, qui impressionnait autant par son allure impassible et la cicatrice qui lui mangeait la joue. Sugimoto savait que sous le costume  orné du badge doré qui faisait de lui un homme respectable s'étalait un réseau de tatouages qui aurait fait envie à n'importe quel jeune membre d'Alcatraz. Dans le fond, cet homme appartenait sans doute bien plus à la famille que lui-même, malgré sa trahison. Jamais il ne pourrait se défaire de cette marque. Il arrivait que certains anciens yakuzas faisaient retirer quelques uns de leurs tatouages pour pouvoir exercer une autre fonction, mais ils ne les retiraient jamais intégralement. Sugimoto se demandait, dans ces moments-là, s'il avait pris la bonne décision. Dès lors qu'une aiguille se planterait dans sa peau, il ne pourrait plus jamais revenir en arrière.
« Tenez, le dossier de Sakusa. Il ne pouvait pas venir alors il m'a chargé de vous le transmettre. »
Sugimoto tendit le dossier à Wataya, attendant que celui-ci daignât le prendre. Il y avait tant d'indifférence dans son attitude qu'il s'attendait presque à se voir planté là, et à devoir poser le dossier sur le bureau. Non que cela le dérangeait vraiment. Wataya n'était pas un homme qu'il avait besoin de dominer.
Mais au fait, pourquoi Sugimoto était-il là ? Wataya n'allait certainement pas croire que ce n'était que pour jouer aux messagers...
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Ce fut le coup porté à la porte qui intrigua Wataya plus qu'autre chose : léger, sec, il visait à attirer son attention plus qu'à annoncer sa présence. Ce fut d'ailleurs sans un mot et sans gêne qu'un homme aux cheveux violets entra dans son cagibi, comme s'il était le maître des lieux. Il ne prit la peine ni de le saluer ni de lui dire bonjour, mais lui présenta tout de même le dossier qu'il lui tendait avec les convenances qu'il fallait. Cela ne suffisait cependant pas à rendre son comportement plus acceptable aux yeux de Wataya qui dévisagea à son tour son visiteur sans éprouver la moindre gêne.
Il s'agissait probablement d'un de ces jeunes hommes élevés à l'occidentale et n'ayant pas conséquent aucune notion du respect que l'on devait à quelqu'un de plus âgé que soi. On ne pouvait pas dire qu'il donnait l'impression d'avoir été forcé de venir ici ; en fait, même s'il ne semblait guère heureux de sa présence, il paraissait s'en satisfaire assez. Ses cheveux étaient dans un état de négligence qui faisait froncer les sourcils du bien coiffé/bien rasé Wataya : tout, en ce jeune homme, connotait une indifférence que l'on ne pouvait tout à fait imputer à sa jeunesse. Il était le genre de personne définitivement fâchée avec la politesse, que rien ne saurait inciter à changer. Mais Wataya n'était pas le genre d'homme à se laisser faire. Il ne tendit pas les mains pour réceptionner le dossier, mais préféra commencer par une réprimande bien méritée :

« Bonjour, peut-être, rappela-t-il lorsqu'il estima que son interlocuteur ne se rattraperait pas. La moindre politesse aurait été de vous présenter lorsque vous êtes entré ici. Et de m'expliquer pourquoi c'est à vous que Sakusa a remis son dossier. »

Dossier qu'il attendait bien depuis ce matin, mais il pouvait bien attendre quelques minutes supplémentaires s'il le fallait. Wataya ne bougeait pas, et fit mine de se réintéresser à son propre travail : de la sorte, tant que le jeune homme ne se présenterait pas, il ne lui accorderait aucune attention.
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Ah, exactement comme je m'y attendais.
Sugimoto n'avait pas peur de Wataya, n'avait pas besoin de lui et n'avait rien à gagner à le fréquenter. En temps normal, il n''aurait donc pas dû lui occuper beaucoup d'attention, ne reconnaissant son existence que dans les moments où la présence d'un avocat s'avérait nécessaire - et il s'arrangeait pour que ce ne fût jamais le cas. Mais malgré tout, Wataya l'intéressait, et il avait même le droit à sa ligne dans le carnet de Sugimoto, alors même que le sokaiya ne se donnait généralement pas cette peine.
Il avait prévu, dans une certaine mesure, que son attitude déplairait à Wataya. Qui aurait cru qu'un être aussi froid et distant fut à ce point attaché aux règles de la politesse ? Qu'importe : c'était un jeu que lui-même maîtrisait relativement bien.
Courbant davantage la tête, il lança donc :
« Toutes mes excuses, monsieur Wataya. Et bonjour. Vous m'excuserez si je ne me suis pas présenté, nous avons déjà été présentés, je pensais que vous vous souviendrez de moi. J'en suis un peu blessé. »
La dernière phrase était un mensonge - le reste, non, Sugimoto avait effectivement eu l'occasion de rencontrer Wataya à une occasion. Après tout, il n'aurait jamais pris la peine de se renseigner à son sujet et même de prévoir une place dans son planning chargé pour aller le voir, s'il n'avait pas eu un premier contact auparavant.
Sugimoto savait qu'il n'impressionnait guère Wataya. A ses yeux, il n'était sans doute qu'un gamin un peu prétentieux, qui pensait tout savoir. Mais cette image lui convenait parfaitement : ainsi, Wataya serait moins enclin à se méfier. Il ne verrait pas la menace se profiler à l'horizon, quand bien même celle-ci était plus que visible.
« Comme je vous l'ai dit, Sakusa ne pouvait pas venir lui-même. Je lui ai donc rendu service. » Une faveur, qui attendait une autre faveur en retour. Avec Sugimoto, les termes étaient toujours très clairs : on gagnait autant qu'on en donnait. Et lui en gagnait peut-être un peu plus, mais avait-on à s'en plaindre, quand on obtenait ce qu'on voulait de toute façon ? « Mais cela tombe, car j''avais à vous parler. J'ai bon espoir que vous me consacrerez un peu de votre temps. »
De toute façon, ce n'était pas comme si Sugimoto comptait lui laisser le choix. Wataya devrait appeler la sécurité s'il devait le faire sortir, mais Sugimoto était persuadé qu'il ne le ferait pas. Après tout, il n'en avait aucun intérêt.
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Wataya s'attendait à de longues secondes de silence avant que son invité mystère ne se mette à craquer - s'il cédait seulement un jour. Wataya n'était pas du genre à se laisser impressionner : il avait besoin de ce dossier, mais il pourrait très bien le laisser filer juste pour imposer sa volonté. Il ignorait pourquoi il se montrait aussi obstiné, alors que son travail pouvait en pâtir directement. Peut-être avait-il des principes qu'il n'était pas encore prêt à sacrifier.
Mais son invité sembla céder à son ultimatum, s'excusant d'un ton poli qui ne lui allait pas vraiment. Son attitude sans-gêne à l'entrée de son cagibi était de loin plus proche de la réalité. Mais il y mettait les formes, et Wataya ne pouvait pas le lui reprocher, puisque c'était exactement ce qu'il avait demandé. Il devait donc laisser passer pour cette fois. Cela ne le forçait pas à apprécier ce jeune homme qui prétendit avec aplomb qu'ils s'étaient déjà rencontrés. Un type pareil, Wataya s'en serait forcément rappelé, mais il décida de lui laisser le bénéfice du doute, car il savait que sa mémoire n'était pas parfaite.

« On va dire ça... » conclut Wataya en daignant enfin prendre le dossier qui lui était tendu.

Un rapide coup d'œil à celui-ci lui confirma que c'était bien celui qu'il attendait. Le jeune homme n'avait donc pas menti. Il est vrai qu'il était bien informé : il connaissait le nom de son client, Sakusa, mais cela ne voulait pas dire grand chose, car il aurait pu tout simplement se renseigner sur ce qui passait dans le monde judiciaire. Le dossier le confirmait. Un yakuza ? Le jeune homme ne semblait pas avoir le profil, mais Wataya ne s'étonnait plus de rien.

« Eh bien, je vous remercie de vous être déplacé pour me rapporter ce dossier, vous transmettrez mes sentiments à Sakusa lorsque vous le reverrez. Malheureusement, je n'ai pas l'intention de discuter avec vous, à moins que vous ne comptiez me rappeler votre nom, que d'après vous j'aurais oublié. Et pourquoi pas aussi les circonstances de notre première rencontre, car elles ne me reviennent pas en tête. »

Wataya espérait ainsi pouvoir coincer le jeune homme et le renvoyer chez lui vite fait, car il l'empêchait de travailler et ne semblait pas présenter d'autre intérêt que celui d'être une tête brûlée. Il ne se doutait pas qu'il avait affaire à un type particulièrement intelligent. Il pensait avoir face à lui un crétin de base qui savait à peine lacer ses baskets...
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Wataya voulait le faire jouer à son rythme ? Sugimoto suivait.
Il n'y voyait pas d'inconvénient, à vrai dire : il avait affaire à un homme qu'il savait dangereux, malgré sa position d'avocat. Il ne fallait pas croire qu'un homme comme lui pouvait oublier son passé aussi aisément. Il y avait une lueur menaçante dans le regard que Wataya daigna lui jeter, et Sugimoto était persuadé qu'il n'en avait même pas conscience. Cela relevait d'un instinct que l'on prenait au contact des gangsters, et que l'on ne pouvait jamais perdre tout à fait. Un jour, ses propres yeux se teinteraient de la même allure de prédation. Il attendait presque ce moment avec impatience : l'instant où les promesses qu'il proférait à longueur de temps gagnerait elles aussi un tranchant inégalé.
Les doigts de Wataya glissèrent sur l'enveloppe où s'étalait, en caractères peu soignés, son nom et sa fonction. Mais les mains de Sugimoto ne lâchèrent pas l'affaire. Un sourire commença à fleurir sur son visage. Il n'avait rien à voir avec son rictus habituel, teinté de mépris, qui écrasait l'interlocuteur sous le poids de sa supériorité. Il était simple, presque sincère - et pour cause, Sugimoto était en fait véritablement amusé par la situation, et se retenait de rire à grand-peine.
« Je suis Sugimoto. » : se présenta-t-il d'une voix dénuée de toute hilarité, et il n'en dit pas plus, car cela n'était pas nécessaire.
Wataya comprendrait : il était un homme avec lequel on pouvait avoir de véritables conversations, c'est-à-dire ces discussions où l'on cachait ses atouts tout en les sous-entendant. Sauf que Sugimoto n'avait rien pour faire plier Wataya à sa volonté : son dossier était affreusement vierge, et même sa ligne était d'une concision trop importante pour son esprit synthétique. Il aurait pu bluffer, mais n'en voyait guère l'intérêt. Sa fascination était, au fond, bien trop grande ; et la façon dont il envisageait de placer Wataya sur son échiquier faisait de lui à la fois un pion fort utile en cas de problème, et quelque chose de plus.
Quelque chose qui, peut-être, aurait un peu de pouvoir sur lui-même.
Et Wataya s'en était probablement rendu compte, dès leur première rencontre. N'avait-il pas été mis au parfum d'un de ses plus astucieux stratagèmes ? Dès la toute première fois, Sugimoto ne le lui avait pas caché : il faisait de l'argent, et il était probablement l'escroc le plus réglo de tout le Japon. Quelqu'un qui, comme lui, se jouait des lois, sans jamais y adhérer totalement.
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Une résistance se fit sentir au bout de ses doigts, le papier de l'enveloppe se pressant contre l'épaisseur de sa peau au lieu de venir doucement vers lui. Wataya baissa les yeux pour constater, surpris, que son interlocuteur n'avait pas encore lâché le dossier. Il lui aurait suffi de tirer d'un coup brusque pour l'arracher à la poigne de l'individu, mais de telles méthodes ne seyaient guère à un homme de sa trempe, il préféra en conséquence augmenter progressivement la pression de son côté de l'enveloppe en espérant que son insistance finirait par faire céder l'autre.
Il mit rapidement fin à ce regard pour se concentrer sur le visage de son hôte - souriant, sans être tout à fait moqueur, on sentait que la situation l'amusant, probablement parce qu'il imaginait qu'elle le rendait particulièrement intéressant. Mais non, pauvre type, tu n'es pas intéressant, tu es juste un lourdaud qui a décidé d'embêter les honnêtes citoyens. Wataya se garda bien de sourire à son tour, conservant un air qui, originellement neutre, se chargeait de plus en plus de tonalités blasées. Il aurait aimé se passer de ces complications inutiles, mais le dénommé Sugimoto semblait particulièrement friand d'art dramatique et en abusait à l'envi. Il fallait faire avec et avec la concision de ses réponses, qui l'obligeait à prendre le temps de réfléchir. Sugimoto. Pas de prénom pour confirmer ou non l'hypothèse qui naissait dans sa tête. Le nom lui était vaguement connu. Il lui semblait avoir entendu un de ses collègues en parler. Mais il ne se souvenait pas de grand chose de plus. Il n'avait jamais considéré Sugimoto comme un homme à abattre, ça, c'était sûr. Partant, il s'était désintéressé de lui.
Mais Sugimoto ne partageait pas cette indifférence, ce qui intriguait bien évidemment notre avocat, qui se demandait si son interlocuteur n'était pas finalement plus dangereux qu'il ne le paraissait. Wataya l'avait d'emblée classé dans la catégorie des rigolos, mais il n'était plus certain que cela s'appliquât parfaitement à l'homme qui lui faisait face.

« Sugimoto, vous avez dit... répéta Wataya d'un air pensif. Vous faites partie d'Alcatraz, je présume ? »

Il l'avait peut-être déjà entendu de la bouche d'un autre, mais puisque son client venait d'Alcatraz, logiquement, il avait dû faire appel à un autre membre. Et cela n'était pas si étonnant que cela, sachant que certains d'entre eux le considéraient comme un traître et que d'autres ne savaient pas bien où il se situait. Peut-être avait-il simplement affaire à la curiosité d'un membre qui désirait savoir s'il pouvait lui faire confiance. Mais à voir le peu de coopération de Sugimoto et ses manières légèrement provocatrices, on ne pouvait lui trouver l'attitude d'un plaignant.
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(c) solosand
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Le jeu allait bientôt prendre fin, et Sugimoto n'allait pas s'en plaindre. Il commençait à saisir les limites de ses propres capacités : s'il excellait face à des hommes d'affaire qui se méfiaient de lui, il avait beaucoup moins de poids sur un avocat un peu véreux qui n'avait peur de rien. Surtout, ce qui le dérangeait était le manque de reconnaissance. Il sut, à la façon dont Wataya ne relâcha pas les traits de son visage, qu'il n'arrivait pas encore tout à fait à le remettre. Et cela l'agaçait profondément, mais il ne pouvait pas attaquer Wataya sur ce point. Pas alors qu'il voyait très clairement que celui-ci ne s'intéressait pas à lui, malgré tous ses efforts pour forcer son attention. Sugimoto ne pouvait rien faire d'autre, cependant. Revenir en arrière, cela équivalait à admettre qu'il avait tort, d'une certaine façon.
Il ne put malgré tout s'empêcher de sourire lorsque le mot Alcatraz franchit la bouche de Wataya. Il ne répondait jamais clairement à cette question, s'arrangeant pour que sa réponse soit tout autant positive que négative. Avec Wataya, il pouvait se permettre d'être plus direct. Juste un peu.
« Vous présumez. » : répèta Sugimoto, avant d'acquiescer doucement.
Cette fois, son attitude avait perdu toute nuance de provocation et d'arrogance. Il attendait simplement de voir comment Wataya allait réagir, cette fois, et l'une de ses mains lâcha le dossier. L'autre, non ; elle y demeura comme un simple rappel de sa présence, pour éviter que l'avocat ne le fasse sortir manu militari dès lors que Sugimoto n'avait plus de raison d'être.
A nouveau, Sugimoto inclina la tête, cette fois de façon un peu plus soutenue.
« Puis-je requérir un peu de votre temps, monsieur Wataya ? »
Et sa politesse n'était pas feinte ; il y avait, dans le ton du sokaiya, une véritable supplique, le genre de choses qu'un manipulateur trop hautain ne pouvait imiter. Il fallait pour cela une humilité que l'on n'attendait pas de la part de Sugimoto, et qui pourtant faisait jour en cet instant précis.
Parce qu'il savait que seule son honnêteté, au final, pourrait lui gagner Wayata.
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D'ordinaire, Wataya appréciait les personnes un minimum têtues. Il ne connaissait que trop bien les atouts de cette vertu lorsqu'elle était utilisée à bon escient, et chez un maître en la matière, cette obstination obsessive permettait d'obtenir des résultats spectaculaires. Il estimait d'ailleurs qu'il avait lui-même un peu de cette capacité, mais en proportions moindres que chez les personnes qu'il admirait. La réussite tenait de là : cette capacité à ne jamais abandonner tant que l'on n'obtenait pas ce que l'on désirait vraiment. Et cette qualité, Sugimoto en était particulièrement bien doté. Peut-être un peu trop, en fait. Car il fallait parfois savoir s'arrêter (changer de stratégie) pour atteindre ses objectifs. Et en continuant dans cette voie, Sugimoto se coupait l'herbe sous le pied et empêchait Wataya de le considérer comme un interlocuteur potentiel.
Pourtant, Sugimoto était loin d'être idiot. Toute la subtilité que ce personnage était capable de mettre en œuvre se faisait sentir dans la conduite quelque peu ambiguë qu'il adoptait à l'égard de l'avocat. Ces paroles négatives, le dédouanant de toute appartenance au groupe yakuza, entraient en contradiction directe avec ce léger mouvement de tête qui la revendiquait. On ne pouvait reprocher cette discrétion au plein cœur du Shinsengumi, où reconnaître son affiliation à un gang à voix haute était particulièrement imprudent. L'aveu était destiné à Wataya seul qui, en sa qualité d'ancien membre, conserverait prudemment le secret, du moins tant qu'il y verrait un intérêt. Il n'avait pas l'intention de prendre de nouveaux clients parmi les yakuza, alors aider l'un d'entre eux s'il n'avait pas de bonnes raisons de le faire...
Mais Sugimoto n'avait toujours pas lâché l'enveloppe - l'une de ses mains juvéniles retenait encore l'épais papier - et cette attitude commençait à agacer quelque peu Wataya. Il est vrai que sitôt le dossier acquis, Wataya se désintéresserait de son visiteur et le prierait poliment de s'en aller. Il comprenait à présent qu'à moins d'accepter un entretien, il ne connaîtrait pas la tranquillité dont il avait besoin pour le reste de l'après-midi. Il laissa échapper un soupir indistinct, qui aurait pu passer pour une respiration appuyée.

« Soit, monsieur Sugimoto, finit-il par acquiescer. Mais je vous prierais de venir droit au fait,  pour changer. »

Le ton, menaçant, marquait le mécontentement dans lequel toutes ces circonvolutions l'avait placé. Wataya ne verrait aucun inconvénient à froisser l'orgueil de Sugimoto si celui-ci persistait à lui manquer ainsi de respect. Il aurait fallu quelque chose qui éveillât suffisamment son intérêt pour le convaincre de faire preuve de bonne volonté.
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Sugimoto ne désirait qu'une seule chose : que Wataya daigne lui accorder un peu de son temps. Il n'était pas stupide : il savait très bien que, s'il n'était pas un client, il n'avait à peu près aucune chance d'obtenir un rendez-vous avec lui. Il ne savait pas trop ce qui se produisait si jamais il mettait en avant son appartenance à Alcatraz dans l'espoir de forcer la rencontre : les rapports entre Wataya et son ancien gang étaient bien trop flous et complexes pour qu'il s'y risquât en l'état actuel des choses. Alors il avait choisi l'audace, tout en songeant que l'avocat n'aimerait sans doute pas beaucoup son initiative.
Il ne s'était guère trompé.
Mais au final, c'était payant : Watari acceptait de lui accorder un peu de son temps. Et Sugimoto sourit, sincèrement : c'était tout ce qu'il demandait, à présent ce n'était que du bonus.
« Je vous remercie, monsieur Wataya. Si vous permettez que je m'assoie... » : répondit-il en lâchant finalement l'enveloppe.
Il s'installa dans l'une des chaises destinées aux visiteurs, formel, sobre. Il n'y avait plus rien de son attitude extravagante et un peu poussive ; non, il était passé dans cet autre mode, celui où il se tait plus qu'il ne parle, où il s'efforce de prouver qu'il respecte son adversaire. Sugimoto n'avait plus de rien malicieux.
En temps normal, sans doute aurait-il joué encore un peu ; il aurait pu admettre les doutes qu'il entretenait vis-à-vis de ses relations avec Alcatraz, aurait pu signaler que tout danger pour son clan était une nuisance dont il préférait se débarrasser au plus vite. Sugimoto était loyal, mais par intérêt, et sa parole n'avait de valeur que dans la mesure où il ne revenait jamais dessus. S'il avait dit qu'il servirait Alcatraz, alors il le ferait jusqu'à son dernier souffle. Il n'y avait pas à tergiverser là-dessus. Mais tout ceci, Wataya ne le voyait pas ; il ne comprendrait sans doute pas pourquoi un type comme lui, qui n'avait aucun attachement affectif pour son gang, pouvait être prêt à se sacrifier pour lui. C'était, au fond, un pari, le plus risqué qu'il avait pu faire, car le gage à payer était sa propre vie. A moins, bien sûr, qu'il ne trouvât une situation analogue à celle de Wataya, une façon de se défaire de sa promesse sans la rompre totalement.
Il ne pouvait exclure totalement cette possibilité - et c'était d'ailleurs la toute première chose qui l'avait amené à s'intéresser à l'avocat.
Mais pour le moment, l'heure était à autre chose.
« Vous vous y connaissez, en droit des affaires ? » : demanda-t-il sans nulle condescendance, mais parce qu'il était sincèrement intéressé par la réponse à cette question.
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Après tant de provocations et de manque de politesse, Sugimoto changea de comportement lorsque Wataya accepta finalement de le recevoir. Son caractère abrasif n'avait pas changé, mais il l'avait recouvert d'un vernis suffisamment épais pour ne plus irriter la sensibilité de l'avocat. Il faudrait cependant bien plus de courbettes pour lui faire totalement oublier ce qu'il considérait peut-être avec exagération comme un affront, car Wataya gardait en tête l'image d'un Sugimoto déchaîné qui ne s'encombrait pas de convenances même lorsqu'il y avait intérêt. Les deux facettes de la personnalité de son visiteur ne se superposaient pas ni se fondaient l'une en l'autre, mais se faisaient chacune face et servaient de point de comparaison. Cette vision binaire était probablement caricaturale, Wataya s'en rendait compte, mais cinq minutes n'étaient guère suffisantes pour comprendre la complexité de la psychologie d'une autre personne, même si ses traits distinctifs se faisaient déjà jour. Lui aussi devait avancer avec prudence s'il voulait être certain de ne pas se faire piéger par l'étrange jeune homme qui lui faisait face.
Évidemment, Wataya se doutait que Sugimoto n'irait pas droit au but, comme il le lui avait demandé. Il ferait son maximum pour occuper l'emploi du temps déjà bien chargé de l'avocat, qui certes ne rechignait jamais à rester tard au travail, mais qui était beaucoup plus mécontent lorsqu'il perdait son temps. Or, Wataya avait du mal à se convaincre qu'il ne perdait pas son temps. Même si la personnalité de Sugimoto était intéressante, elle n'avait aucun rapport avec ses affaires, et c'était bien ce qui lui posait problème : l'avocat ne cherchait pas à s'amuser mais à travailler, et il était contrarié d'être privé de cette tâche si noble et si valorisante. Il commença à taper nerveusement sur son bureau du bout de son stylo. Cela ne lui ressemblait pas.
Il obtint rapidement la confirmation qu'il perdait son temps : pour une raison étrange, Sugimoto ignorait que Wataya était plutôt droit pénal que droit des affaires, ce qui était d'autant moins compréhensible qu'ils se trouvaient dans le siège d'une institution anti-gang. Pourtant, cela semblait logique, et Wataya eut bien du mal à cacher l'air surpris que cette demande insolite suscitait en lui. Après tant de subtilités, faire une confusion aussi grossière ? Mais qu'est-ce qui lui passait par la tête ?

« Vous vous êtes trompé d'adresse, répondit Wataya. Vous êtes au Shinsengumi, pas dans un cabinet d'avocat. »

Peut-être souhaitait-il obtenir l'appui de Wataya pour contacter un avocat spécialisé, mais il ne devait pas se faire d'illusions : Wataya était un loup solitaire. Il n'avait jamais été doué pour nouer des contacts durables avec les autres. Il s'entendait bien avec ses collègues du Shinsengumi, assez pour les rejoindre en tout cas, mais il se doutait bien qu'ils ne devraient jamais de véritables alliés, encore moins des amis. Naturellement, ses camarades de l'école de droit avaient disparu de sa vie depuis des années. Il savait à peine ce qu'ils étaient devenus. Sans compter qu'il avait été yakuza dans ses jeunes années, ce qui avait parfois tendance à le marginaliser. Mais ce dernier point était méticuleusement tu par un Wataya qui, sans vraiment s'en cacher, n'abordait jamais volontairement le sujet.

« Je pourrais vous fournir des noms, poursuivit-il, mais il vaudrait mieux que vous alliez sur internet, vous avez les noms des cabinets et leur réputation, et tout cela classé par spécialité. C'est très bien fait, et on s'y retrouve facilement, cela devrait vous aider. »

Wataya se trouvait généreux d'avoir été si précis avec Sugimoto : il aurait pu se contenter de le corriger et le renvoyer sans autre forme de procès. Mais il avait vraiment bien fait les choses, et une fois que Sugimoto l'en aurait remercié, il s'empresserait de le mettre à la porte pour consulter enfin le dossier qu'il attendait.
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Malgré la proximité de leurs intérêts, leur langage n'était pas le même. Sugimoto s'en rendait compte : chacun des deux utilisait les mêmes mots, mais à des fins bien différentes. Leurs regards étaient tout aussi glacés l'un que l'autre, leurs sourires semblant incapables de monter jusqu'à leurs yeux ; mais il y avait en Wataya quelque chose de digne et de codifié, qui évoquait l'esprit de la loi qu'il bafouait à l'occasion ; et Sugimoto savait que c'était plutôt une forme de chaos qui s'échappait de son aura et qui le rendait moins fiable. Dans le fond, les deux fonctionnaient sans doute de façon différente, et à cet égard, Wataya était bien plus yakuza que lui. Il essayait de deviner où commençait l'étendue de ses tatouages, soigneusement cacher sous son costume. Avec sa cicatrice au visage, on ne s'étonnait guère d'apprendre son passé de criminel. Sugimoto, lui, était un gangster gris. Il ne pouvait pas dire qu'il avait vraiment commis des actes fondamentalement mauvais : il n'avait simplement pas respecté la loi. Sinon, il détruisait des familles - comme le faisait n'importe quel homme d'affaires de ce temps.
« Je sais très bien où je suis, rétorqua-t-il d'un ton léger, et je sais qui vous êtes. »
Il désigna du doigt son propre col, faisant référence au badge qui ornait celui de Wataya. C'était un sacré coup, pour un ancien yakuza, d'avoir réussi à monter au barreau. Rien que pour cela, il méritait le respect ; il n'était pas certain que tout le monde s'en rendait compte.
« C'est de vous dont je parle. Vous savez quel genre de clients vous défendez, et vous savez pourquoi ils font appel à vous. » Sous-entendu : j'aurais la même raison d'en faire autant.
Bien sûr, Sugimoto n'espérait pas avoir besoin des compétences criminelles de Wataya. Et si cela devait arriver, il aurait sans doute simplement utilisé les réseaux d'Alcatraz pour faire appel à ses services. Ce dont il avait besoin, c'était d'une garantie supplémentaire. Et il avait besoin non d'une certitude - car à ce stade, ses affaires étaient à peu près assurées, et il pouvait toujours mettre son plan en pause si ses affaires étaient menacées - mais d'une ouverture, d'une simple possibilité.
Wataya devait probablement avoir compris ce qu'il faisait, à ce stade.
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S'il espérait pouvoir se débarrasser définitivement de Sugimoto, Wataya se trompait lourdement. Tout comme il s'était totalement mépris sur les intentions de son étrange interlocuteur. Wataya en fut d'abord surpris, se demandant ce que Sugimoto pouvait bien espérer de lui alors qu'il s'adressait selon toute apparence à la mauvaise personne. Malheureusement, Wataya ne voyait toujours pas où il voulait en venir. Quel rapport entre le droit des affaires et les cas dont lui-même s'occupait ?
Pris d'une confusion cérébrale avancée, Wataya mit la main au front, regardant Sugimoto d'en bas en se demandant sincèrement ce qu'un tel homme pouvait avoir derrière la tête. Les conversations à deux niveaux n'étaient pourtant pas inconnues de l'avocat, mais c'était bien la première fois qu'il se sentait complètement perdu. Sugimoto avait constamment une longueur d'avance sur lui, et même lorsque Wataya essayait de le prendre à revers, il tombait dans un nouveau piège qu'il n'avait pas vu venir. Wataya devait s'avouer vaincu : il avait peut-être réussi à enseigner la politesse à son interlocuteur, mais pour le reste, il était totalement submergé. Wataya devait revoir sa stratégie, peut-être avouer son échec. Il n'aimait pas s'avouer vaincu si vite, mais il était assez malin pour savoir reconnaître quand il ne pouvait que perdre, et il sentait qu'il s'était embourbé dans ce type de situation.

« Et justement, je ne vois pas où vous voulez en venir. »

Sa patience commençait à s'éroder lentement. Il n'était plus si droit, mais avait pris la posture plus ramassée d'un prédateur prêt à donner le coup de grâce à sa victime - à ceci près que son coup de grâce serait le chant du cygne. Et encore Sugimoto ne l'avait-il même pas menacé. Cette défaite serait très certainement la pire de sa carrière - mais heureusement privée.

« Vous avez dans ce cas bien compris que ce que je fais n'a strictement rien à voir avec le droit des affaires, continua-t-il. S'il n'y a pas de violence, n'espérez pas me voir intervenir sur une quelconque autre affaire. »

Le ton, catégorique, montrait que Wataya ne se laisserait pas intimider. Il ne devait plus rien à Alcatraz. Il avait assez donné. Tout ce qui comptait pour lui, c'était faire tomber les autres gangs, ou plus exactement les salauds qui les constituaient. Sa position était si simple qu'il ne comprenait pas qu'elle pût paraître ambiguë à quiconque. Il ne se sentait donc pas le besoin de l'expliquer.
Le droit des affaires, ça n'avait pas grand chose à voir avec ce qu'il faisait, il y avait des avocats spécialisés pour ça, qui s'en sortiraient bien mieux que lui. Wataya ne voulait même pas essayer. Non, vraiment, les problèmes immobiliers yakuza, ça ne l'avait jamais passionné. Il s'était contenté de limiter la casse, là où elle pouvait être réparée. Le reste ne le concernait pas.
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Sugimoto commençait à être sérieusement agacé par la façon dont Wataya lui parlait. Ce n'était pas tant qu'il le prenait de haut : il aurait accepté cette façon de faire car il comprend parfaitement d'où elle est issue. L'arrogance de Wataya n'est certainement pas sans fondements, et dans dix ans, il est certain que Sugimoto agira de la même façon, avec plus de morgue encore dont il est capable aujourd'hui. Le jeune n'avait pas du tout l'impression qu'il le prenait de court, qu'il pouvait remporter une victoire sur lui : il ne pensait pas en avoir les moyens. Il était encore un peu inexpérimenté, n'ayant même pas trente ans : aussi créait-il toujours les situations où il aurait du pouvoir sur les autres. Il gérait moins bien les instants où précisément, il devait s'adapter aux autres.
Mais il pouvait détecter l'impatience grandissante de Wataya, remarquer la façon qu'il avait de répondre avec un peu plus de brutalité ; et soit il le poussait à bout, fermant toute possibilité de discuter, soit il cédait.
« Soit. Je ne vous demanderai pas de le faire. »
Sugimoto cédait avec tant de facilité que cela ne pouvait que cacher quelque chose. Wataya devait en avoir conscient : il avait probablement cerné quelques aspects de la personnalité de son interlocuteur, et remarqué à quel point celui-ci détestait se montrer trop direct.
« Mais vous savez, je me demande pourquoi un avocat tel que vous défend les intérêts d'Alcatraz si vous vous lavez les mains de certaines de leurs affaires. » : ajouta-t-il d'un ton très doux.
Wataya était intelligent : il savait très bien que le temps du vieux yakuza avec son sabre était dépassé. De nos jours, c'était l'argent qui comptait : cela l'avait toujours été, songeait Sugimoto. Les jeux d'argent à l'origine ; les affaires aujourd'hui. Le contexte était différent, mais l'appétit était le même. D'ailleurs il se demandait si c'était la raison pour laquelle Wataya avait quitté son clan : était-ce une question d'honneur bafoué ? en avait-il assez de voir la tournure que l'auguste famille prenait ces derniers temps ? Les valeurs se perdaient, Sugimoto en était l'exemple même : un de ces trop nombreux yakuzas qui adoptaient l'obéissance par intérêt, mais ne refuseraient certainement pas de s'en prendre à des civils, pourvu que ça rapporte. C'était précisément parce qu'il avait son propre code de l'honneur, qui le poussait à ne pas commettre certains actes et à respecter un certain nombre de règles. Wataya devait être pareil, et son honneur à lui ne reposait certainement pas sur l'obéissance à la loi.
Sur ce point, ils pouvaient donc parfaitement s'entendre.
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D/5
Wataya avait prévu que la suite de la conversation serait aussi brumeuse que le début, que Sugimoto lui donnerait toujours aussi peu d'éléments pour lui faire comprendre ce qu'il attendait de lui, et que l'avocat serait tourné une fois de plus en bourrique, parce qu'il ne comprendrait pas ce qui était en train de lui arriver. Malheureusement pour lui, ce qu'il avait prévu advint - et pas exactement comme il s'y était attendu. Cela commençait à devenir une manie avec ce Sugimoto, et nul doute que s'il approfondissait son art d'embrouiller l'esprit des honnêtes (aheum) gens, il deviendrait à n'en pas douter absolument redoutable dans ce domaine.
Wataya s'efforça de chercher le rapport entre la question initiale de Sugimoto et le choix des affaires de l'avocat - et il avait beau chercher, il ne parvenait pas à trouver de solution satisfaisante. Il ne parvenait pas à sortir de la vision logique qu'il avait de son métier, et que son visiteur ne parvenait pas à ébranler malgré ses questions pernicieuses. Mais s'il y avait bien une question à laquelle Wataya savait répondre, c'était la deuxième. Et la réponse, comme toujours, était fort simple : il n'hésita pas longtemps avant de la fournir à un Sugimoto qui devait très certainement le prendre pour un imbécile, compte tenu de la difficulté qu'il avait à suivre le fil de sa pensée.

« Je n'ai pas de comptes à vous rendre, expliqua Wataya d'une voix étonnamment douce. Je choisis mes affaires selon les critères de mon choix, et uniquement cela, vous devez bien le comprendre. Là où vous faites erreur, c'est de croire que je défends les intérêts d'Alcatraz. »

Forcément, il allait nier, surtout maintenant qu'il travaillait pour le Shinsengumi. Il ne fallait pas être idiot pour comprendre le lien qui unissait Wataya à Alcatraz - en saisir les subtilités était en revanche plus complexe, mais un type comme Sugimoto n'aurait théoriquement pas besoin qu'on le lui explique, lui qui était si malin. Enfin, cela paraissait logique, non ? Du moins, pour Wataya. Il ne comprenait pas que ce qui lui semblât si évident relevât du domaine de l'incompréhension pour les autres.
Oui, cela se savait qu'il avait travaillé pour Alcatraz. Les premières fois où il était entré ici, c'était d'ailleurs pour aider les pauvres types du gang qui avaient des ennuis. La plupart du temps, ils ne valaient pas la peine qu'on les aide, surtout si ce passage faisait partie du rite initiatique, mais parfois, les enjeux étaient trop grands pour les laisser tomber. Au fond, peu importe les raisons pour lesquelles Wataya les défendait : il se contentait de faire ce qu'on lui demandait, et cela lui avait très bien convenu. Et un jour, il avait accepté d'être subventionné par le Shinsengumi lui-même pour défendre des victimes - et c'était comme ça que la rupture avec Alcatraz avait été faite. Il ne fallait pas être un génie pour deviner ce qui s'était passé entre, et pourquoi la rupture s'était si bien passée, si ?
Mais pour certains, il ne semblait pas y avoir eu de rupture, et Sugimoto faisait manifestement partie de ces gens-là. Plutôt que de prendre la peine de lui expliquer qu'il se trompait - tout comme il l'aurait fait avec quelqu'un qui aurait cru en sa loyauté totale envers son nouvel organisme - Wataya préféra détourner la conversation sur celui qui l'interrogeait.

« Je ne comprends pas trop d'où vous vient cette idée. Peut-être pourriez-vous m'expliquer ce qui vous fait penser une chose pareille ? »

Oh, Wataya le savait très bien : ses clients les plus anciens, avec qui il n'avait pas rompu, parce que des liens personnels les retenaient à lui. C'était forcément ça. Mais Wataya en avait assez d'expliquer qu'on ne rayait pas les gens comme ça de son carnet d'adresses. Si seulement les autres pouvaient réfléchir un peu. Et si celui Sugimoto pouvait lui épargner ses réponses biscornues, pour changer, il lui en serait grandement reconnaissant.
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