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les entrailles mécaniques (libre)
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libre
les entrailles mécaniques
Ses doigts tapotaient frénétiquement l'écran de son smartphone. Par instant, un souffle court se levait depuis l'orifice creusé en béton. Les rails disparaissaient dans l'obscurité. Mais les spots sous la voûte renvoyaient une lumière chaude et artificielle qui venait lécher les parois jaunies des murs. Enfin. Le sol trembla, les néons cillèrent l'espace de quelques secondes. Susumu suspendit son pouce, à quelques millimètres de l'interface. Au-dessus de sa tête, l'éclairage clignotant s'accompagna d'un léger tintement. Puis, rien.
La pulpe de ses doigts glissa.

Par terre, des mouchoirs usagés jonchaient les rails. Ca, et quelques emballages abandonnés. Ca, et quelques âmes errantes, quelques zestes d'humanité dévorée.

Sous les lumières pâles, Susumu se tenait immobile et droite ; l'insalubrité noyait ses couleurs pastels. La station abritait une souillure qui se répandait dans l'atmosphère souterraine. A chaque respiration, l'air comme un poison infiltrait ses poumons. L'allure trop sage dans son chemisier bleu, les jambes frêles sous sa jupe plissée, sa silhouette rendait une fragilité que l'instant venait écraser. L'attente pesait sur son corps avec lourdeur, ses yeux fixaient avec une intensité presque lassée les clics compulsifs. L'heure de pointe avait fini par s'enfuir aussi. La gare était presque vide. Au sein de la grande Métropole, les rumeurs affolaient les bouches et les réseaux sociaux. Le progrès pourtant était un monstre qui suffisait à endiguer les mythes. Doudan jetait par dessus son téléphone ses regards juges. La nuit s'annonçait, mais l'espace-temps n'avait pas de prise sur la station. L'immobilité régnait. Elle renifla. Quelque chose d'imminent et de profondément sale.

Ce fut d'abord le bruit d'une petite mallette noire lâchée par terre, puis, l'éclat d'une paire de lunettes brisée, le frottement d'une chaussure richelieu noir, modèle démodé et usé. Un élan. Une légère brise souleva quelques unes de ses mèches blondes. Un costume gris passa un instant dans son champ de vision avant de disparaître.

Susumu baissa son bras et redressa la tête. Des vibrations remontaient des rails. Elle entendit le crissement du métro. L'homme se tenait au bord. Doudan regarda. Ses yeux bruns s'ouvrirent lentement et se posèrent, se fixèrent sur le profil de l'inconnu. Le métro grondait de plus en plus fort. Une étincelle allumée dans le fond de son oeil. L'étau se resserrait. Les regards de Susumu s’agrippaient, arrachaient l'instant comme des griffes peuvent labourer des épidermes. Le souffle de l'étranger se coupa. Le métro était un cri.

La tension atteignit son pic. L'instant suspendu, l'instant ralenti rattrapa le temps. Comme si des années s'étaient brusquement écoulées en quelques secondes. Le monde changea, une fraction de seconde durant. L'ordre du mouvement.

Les sons éclatèrent en apothéose. La vague s'effondra sur la station. Susumu le sentit dans l'intégralité de ses membres, dans chaque parcelle de son être ; la scène explosa dans son encéphale.

Une marre de sang fusa des entrailles mécaniques.  



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