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After Hours » pv. Yuen
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Reconnaissance. Monsieur avait toujours eu l’impression qu’il n’en démontrait jamais suffisamment. Un chèque aux deux semaines suffisait sans doute pour la plupart, mais cela ne semblait pas arriver à la cheville de son sentiment. Un merci non plus, d’ailleurs. La politesse avait perdu de sa force depuis longtemps, véhicule terni qui ne transmettait qu’un vulgaire semblant de reconnaissance.

Or, sans ses employés, il ne serait rien. La rémunération était une évidence. Un merci ne suffisait pas. Que pouvait-il donc faire pour transmettre l’expression de ses sentiments les plus distingués? Organiser une soirée. Défrayer les coûts. Pour eux, de sa part. L’endroit était choisi spécifiquement pour l’événement. Une maison en périphérie de Shinjuku, qui lui servant de résidence secondaire. Les consommations étaient fournies, tout comme le service de traiteur et de raccompagnement. L’ambiance était des plus sobres, à sa mesure, mais invitait surtout à se dissocier du cadre du travail tout en permettant de faire connaissance. Plusieurs souhaitaient conserver leur anonymat; c’était l’essence de leur relation avec Monsieur. Par conséquent, ils répondaient absent. Ceci étant, nombreux étaient les convives qui y voyait l’occasion rêvée de s’abandonner dans l’abondance tant qu’elle était gratuite. Et de montrer leur gratitude envers leur patron, même si l’inverse était l’essentiel de la manœuvre.

Pour sa part, il était raisonnable. Comme toujours. Il sirotait un scotch importé –hors de portée des invités-, virevoltait avec la grâce qu’on ne lui connaissait pas entre les divers groupes formés. Collègues, amis, peut-être un peu plus en partant, il n’osait s’imposer à ses invités trop longtemps; la soirée leur appartenait. Néanmoins, il accueillait toujours avec joie ceux et celles souhaitant discuter de choses diverses. Le tout sous le signe d’une bonne humeur entendue, Monsieur décontracté ne changeait pas réellement du Monsieur professionnel. Un veston en moins, peut-être. Il aidait à transporter les personnes trop enivrées jusqu’à la voiture chargée de les reconduire, la crainte d’une toux soudaine s’envenimant  le maintenait aux aguets. Une responsabilité qui lui revenait en tant qu’hôte, pensait-il. Ironiquement, il y avait bien un aspect égoïste dans tout cela. L’envie de ne pas être seul. De pouvoir profiter d’une soirée qui sortait du cadre professionnel avec des individus autres que les suspects habituels. Non pas qu’il souffrait de la solitude, mais il s’agissait là d’un changement agréable du quotidien, un baume pour l’âme. Il est important de prendre conscience que l’on n’est pas seul, principe qui échappait à beaucoup.

La soirée s’essoufflait, mais le constat était satisfaisant. Quelques personnes discutaient toujours. Pour sa part, il observait le personnel nettoyer. Il mettrait la main à la pâte une fois tout le monde parti. Il y tenait. Un sourire naissant qu’il dissimule en portant son verre à sa bouche. Il était content. Serein, également. Il se dirigea vers un groupe, mais entrevit du coin de l’œil une de ses employées, seule. Yuen. Il s’arrête, change de direction vers celle-ci. Il n’échangeait que très peu avec elle hors des dialogues nécessaires, mais quelque chose résonnait chez elle. Qui éveillait sa curiosité. Une belle jeune femme, il va sans dire, que le sentiment d’être inatteignable rendait d’autant plus intéressante. L’interdit attirait, après tout. Sinon, le business fonctionnerait beaucoup moins bien. Il avait une vague idée du genre de personne qu’elle était. En surface. Rien qui ne l’importunait vraiment. Sauf que la curiosité travaillait. Même dans sa tête, il demeurait poli et respectueux.

«Yuen. Tu passes une bonne soirée?»

Belle soirée ne semblait pas être le choix de mot idéal. Comme s’il cherchait une validation. Bonne soirée était plus nuancé, selon lui. Monsieur ne vouvoyait pas, d’ailleurs. Ne l’avait jamais fait non plus. Fait intéressant, sa cravate était légèrement desserrée autour de son cou. Niveau décontracte, il devait être à sa forme finale.
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Invité
Une soirée chez Monsieur. Ce n'était définitivement pas le genre de choses que l'on pouvait attendre d'un homme aussi professionnellement distant que son employeur, et pourtant! Ca n'était pas la première, et si jusque là elle n'avait pas ressenti l'envie ni besoin d'y participer, ce soir était différent, bien qu'elle ne soit pas en mesure de vraiment expliquer pourquoi. Une lubie probablement, comme elle en avait souvent, à moins que ce ne soit l'ennui qui s'était lentement installé dans sa vie à la manière d'une pellicule de poussière sur les meubles trop peu utilisés.

C'était avec une troublante aisance qu'elle se mêlait à la masse de collègues et vagues connaissances présentes, habillée de normalité pour une fois — son extravagance naturelle lui avait semblé hors de propos pour la soirée. Quelques paroles échangées, quelques mots attirant la curiosité et des regards pleins de questions. Elle flirtait l'air de rien, les sourires offerts avec parcimonie tandis que les regards fuyaient ; ça l'amusait plus que de mesure, ça l'amusait mais il fallait ne pas aller trop loin, oh non. Elle n'était pas là pour se retrouver dans le lit de qui que ce soit — mis à part celui de leur très cher hôte. Ah, l'idée la faisait sourire, quelque chose de presque prédateur mais avant tout joueur, stimulée face à un tel défi. Parce que c'était ce qu'il représentait, lui le patron et elle l'employée, un parfum d'interdit plus que tentant.

La bière entre ses mains était d'un qualité supérieure à celle dont les bouteilles décoraient un coin de table de son salon, comme tout ce qui se trouvait ici. L'envie n'était pas au goût du jour, parfaitement satisfaite de sa vie moyenne et de la médiocrité de son quotidien : c'était ailleurs qu'elle cherchait l'excitation. Une autre gorgée alcoolisée fila alors qu'elle suivait du regard un autre groupe de convives sur el départ, certains ayant abusé un peu trop de la boisson ; elle s'impressionnait d'ailleurs d'être encore sobre alors que la soirée doucement approchait de sa conclusion, à croire que les années qui s'empilaient la rendaient sage (elle n'y croyait pas une seconde).

Elle avait aperçu sa silhouette avant qu'il ne l'approche, pour ensuite se désolidariser d'un groupe dont la conversation ne l'intéressait que trop peu — une des baies vitrée ouverte lui offrait des possibilités bien plus séduisantes pour le moment. Comme celle de griller une cigarette avant de réaliser que son paquet était resté dans le blouson suspendu dans l'entrée. Une déception entrainant un froncement de sourcils, ce dernier cependant très vite envolé lorsqu'une voix attira son attention. La nettoyeuse eut bien du mal à réprimer le rictus qui pointa tandis que son regard avisait la silhouette de l'homme de haut en bas avec une discrétion plus que risible. « Boss. » Un hochement de tête empreint d'un respect silencieux, une autre gorgée de bière. Rien ne semblait presser, pas même sa réponse. « Plutôt, oui. » Et là, son regard se décida à croiser le sien pour de bon, y restant accroché avec un soupçon d'amusement et d'intérêt mêlés. « Et vous? » Si lui s'en passait, elle préférait s'y tenir, imposant une distance qu'il lui démangeait de de braver, armée de son culot et d'une bonne dose de confiance en soi.

Si lui semblait à l'apogée de la décontraction (du moins ce qu'il se permettait), Rosie, elle, conservait quelque chose d'austère dans son habillement, vaguement provocant mais suffisamment sobre pour ne pas s'attirer trop de question ; le cuir du pantalon soulignait sans en montrer réellement, alors que les manches de son pull dissimulaient aux yeux des curieux les chemins sinueux tracés à l'encre indélébile sur sa peau. Oh, ça n'avait rien à voir avec la pudeur pas plus que la honte face à la preuve de son lien avec le monde criminel : un choix pragmatique face aux regards accusateurs des plus âgés du lot, histoire d'esquiver des questions auxquelles elle n'avait aucune réponse satisfaisante.

« C'est rare de vous voir comme ça. » Un soupçon d'amusement dans la voix, un regard qui aurait pu en dire long s'il ne s'était pas dérobé à lui alors que ses mots filaient ; c'était le moment de tâter le terrain, même si cela ne donnait rien. Une occasion en or, somme toute. « Je m'y habituerais presque. » Et si elle ne le regardait plus, son reflet dans la porte vitrée à demi ouverte lui suffisait amplement — elle aimait être hors de portée et à la fois si proche. Ca marchai, très souvent.
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Monsieur avait l’œil pour décerner la gestuelle des autres. Ce qu’on disait sans dire. Des émotions que l’on assumait que trop peu. C’était une question d’habitude chez lui, de distinguer ces parcelles d’informations si finement entrelacées au sein d’une discussion qu’elles échappaient souvent à l’œil inexpérimenté. En contrepartie, il tâchait de ne pas trahir ses propres pensées, adoptant une posture solide et stable en limitant les gestes inutiles. Fruit du contrôle de soi et de bien trop d’heures de pratiques.  Sans être infaillible, malheureusement. Même lui ne pouvait prétendre à la perfection.

La rejoignant sur le balcon, il remarqua le geste et acquiesça d’un sourire entendu. À lui-même, surtout, peut-être l’avait-elle capté au détour d’une œillade rapide. Il porta une main à la poche de son pantalon, sortant le boîtier métallique de ses cigarettes. Relevant doucement le couvercle, il lui présenta l’objet de sa convoitise, comme on le ferait d’une offrande. D’un papier plus blanc que blanc, même du détail le plus simpliste émanait une qualité noble. Propre à Monsieur. «Je passe une belle soirée, merci de t’en inquiéter. C’est un changement d’habitudes agréable».

Il porta une cigarette à sa bouche à son tour, rangea le boîtier d’un geste machinal pour en ressortir un briquet. Si elle n’avait ses propres cigarettes, il y avait fort à parier qu’elle n’avait rien pour les allumer également. Cherchant d’abord l’accord, il lui demanda «Tu permets?» avant de porter ses deux mains près de sa bouche. L’une grillant la cigarette, la seconde protégeant du vent. Il fit de même pour la sienne et inspira. Il appréciait son tabac aussi pur que possible. Peu de goudron. Relevant la tête, il souffla la fumée ailleurs que sur son interlocutrice de laquelle il s’était rapproché durant l’échange. Sans doute un peu trop pour ne pas empiéter sur sa bulle sans que ce ne soit embarrassant. Bien qu’il doutait que cela suffise à la gêner. Elle semblait confiante, sûre d’elle. Il avait toujours apprécié ce genre d’énergie émanant de chez les autres, elle y comprit. Depuis l’embauche. Une belle femme, empreinte de ce petit air qui la distançait inconsciemment des autres, la faisait apparaître hors de portée. Un mirage au loin, difficile à atteindre. Qui sait, il ne la connaissait pas énormément. «J’aime faire une distinction claire entre travail et vie privée.» Sans la quitter des yeux, il chercha à voir où elle venait en venir. Curiosité passagère? Sans doute que c’était le genre de questions que l’on se posait sans trop chercher de réponses. À quoi ressemblait la vie privée des gens? Lui aussi se l’était posée, souvent. «Pas que je m’en cache, mais j’estime que le travail mérite d’être traité avec tout le sérieux possible.» Après tout, il tenait la vie de nombreuses personnes entre ses mains sur une base quotidienne. Sans rien imposer à ses employés, il faisait un effort conscient de ne pas tourner au ridicule les situations auxquelles il avait affaire. «Essaie de ne pas trop t’habituer, je risquerais de perdre mon image de patron effrayant.»

Il se tourne, observe la vue sur le reste de la ville. L’air frais de novembre est le bienvenu, surtout en comparaison avec l’intérieur où les esprits s’échauffaient en cette fin de soirée. Monsieur était paisible. Satisfait, plutôt. Le torse légèrement bombé, un air serein accompagnait son expression douce, presque paternelle. C’était une belle soirée et il était content que ses employés se soient présentés. «Dis-moi, Yuen. Es-tu satisfaite du travail? J’espère que les horaires parfois chaotiques ne gênent pas tes autres activités.»

Le sous-entendu était suffisamment vague pour prétendre à plein de choses. Elle demeurait énigmatique, après tout. Il troqua la cigarette pour le whisky, le temps de se tremper les lèvres.
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L'absence des cigarettes à ses côtés avaient fait naître un manque soudain, un besoin de conforter son addiction à la nicotine de façon pressante. Un fait qu'elle avait cessé de tenter combattre, ayant réalisé que la modération n'était pas de son côté. Heureusement, ça n'était qu'un sentiment diffus, quelque chose lui picotant le bout des doigts alors que l'idée restait sagement dans un coin de sa tête, grandement aidée par la présence de son patron et leur discussion à peine entamée.

Son attention fut attirée le mouvement de sa main, suivant le geste du coin de l'œil avec une curiosité à peine dissimulée. Et il sut faire naître un sourire à peine esquissé sur ses lèvres, empreint d'une satisfaction qu'elle garda cependant discrète — il savait comment plaire aux femmes, c'était certain. Ou du moins à elle, quoi que la nuance n'avait que très peu d'importance dans l'instant. Non, elle préféra rediriger ses pensées vers ce qu'il présentait sous son nez : la cigarette fut acceptée avec un hochement de tête, une pointe d'amusement brillant dans son regard. C'était bien au delà de ce qu'elle avait l'habitude de fumer, elle en avait la certitude rien qu'à l'observer, avant même qu'elle soit allumée. Le genre de chose qui collait parfaitement à l'image que cet homme offrait de lui : quelque chose le plaçant à part du commun des mortels, de par sa posture et son air indescriptible, le rendant par ailleurs difficile à cerner. Rosie devait bien l'admettre, c'était source de frustration de ne pas être capable de savoir ce qu'il pensait, tout en offrant un challenge ô combien stimulant. Oh, il lui avait semblé deviner une pointe d'intérêt, quelque chose d'infime qui l'avait poussé à venir lui parler tout à coup. Mais ça n'était qu'une impression ténue, lui confirmant que le défi qu'elle s'était imposé serait probablement de longue haleine.

Ce genre de pensées était probablement quelque peu inappropriées, surtout vu la relation purement professionnelle qui les unissait, et le rictus qui ourla ses lèvres alors qu'il allumait la cigarette y ayant trouvé place n'aidait pas vraiment à la faire paraître plus innocente. C'était subtil pourtant, mais la proximité était suffisante pour qu'il en prenne connaissance, tout autant que le bref regard qu'elle lui jeta, manifestant une appréciation silencieuse qui n'avait rien de la politesse convenue et distante qui existait entre une employée et son patron. « Merci. » Il fallait bien prendre des risques après tout, et aucun mot déplacé n'avait été prononcé, non, juste quelques petits riens silencieux, juste de quoi tâter le terrain sans vraiment se mettre en danger — elle se savait suffisamment maligne pour reculer si nécessaire.

« Une qualité, pour sûr. » Elle était avare de mots, et pourtant, son respect pour lui n'était pas dissimulé, pas même entâché par les idées bien moins louable qu'elle dissimulait derrière un visage placide. Et puis, il était difficile de nier que le business de Monsieur était florissant, tout comme ses talents d'homme d'affaires on ne peut plus remarquable. Ca rajoutait un quelque chose d'autant plus tentant au personnage, accentuant son envie d'effleurer du bout des doigts cette image énigmatique et découvrir ce qui se cachait réellement en dessous — qui sait qui il était réellement?

Une moue presque boudeuse s'afficha sur ses lèvres maquillées, un haussement de sourcils pour ajouter un peu de dramatique. « Dommage, je commençais à m'y attacher. » Le ton était joueur mais le rire absent, un sourire railleur s'en chargeant parfaitement. Il fallait bien savoir se détendre, et si les volutes de fumées blanches qui s'élevaient s'en chargeaient très bien, un peu d'humour bancal ne pouvait pas faire de mal. Cela dit, l'amusement fut très vite remplacé par une surprise manifeste lorsqu'il la questionna sur sa satisfaction ; suffisamment pour que son regard se pose franchement sur lui. Quelques secondes de réflexions s'imposèrent, baton de nicotine (définitivement bien au dessus de ses moyens) coincé entre son pouce et son index. « Je  n'ai pas à me plaindre. » Son sourire revint alors, toujours avec ce je-ne-sais-quoi qui donnait envie pouvoir connaître ses pensées. « Et on ne peut pas dire que mes autres activités me prennent beaucoup de mon temps libre de toute façon. » Fallait dire que ledit temps libre, elle en avait malgré tout beaucoup, et ça n'était pas ses voyages réguliers dans une ville voisine, les soirées au comptoir d'un bar ou encore devant la télé qui lui en prenaient beaucoup. A la réflexion, il lui faudrait peut-être de nouveaux hobbies, quoi qu'elle était arrivée à un point de sa vie où elle était quasiment satisfaite de son train-train quotidien.

Encore de la fumée blanche exhalée alors qu'elle observait le paysage extérieur, adossée à l'encadrement boisé ; un bras replié sous la poitrine et servant d'appui à son coude. Même sans le vouloir, elle donnait toujours cette impression d'être distante, désintéressée. Probablement un fait de sa nature, le genre dont on ne se défaisait que très difficile. Pourtant, elle avait accepté sa présence rapprochée sans même broncher, et espérait quelque part que ses regards et son attitude le convainc qu'il était loin d'être indésirable — et plus encore. « C'est bien la première fois que je vois un de mes patrons se soucier de ce genre de choses— » Un souffle et ses prunelles sombres retombèrent sur sa silhouette, détaillant les traits de son visage avec attention et ses dents mordillant sa lèvre inférieure brièvement la trahissant peut-être. « Vous êtes un homme plein de surprises. » Un compliment, assurément, quoi qu'elle ne le laissa flotter que quelques instants à peine. « Qu'est-ce qui vous a poussé à entrer dans ce business? » Un peu de culot, ça aussi c'était dans sa nature. Elle osait, et ne s'en excuserait pas.
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Yuen était intrigante, avait-il remarqué. Son attitude était particulièrement invitante, elle le mettait à l’aise. En d’autres circonstances, sans doute qu’il l’aurait trouvé plus que charmante. Hélas, il s’interdisait de tels sentiments. Un danger qu’il n’était pas prêt à prendre. Le célibat forcé ne lui était pas déplaisant. L’abstinence, une mesure de protection. Il s’en était convaincu, du moins, pris de l’étrange sensation qu’il n’en avait plus le droit. C’était injuste envers son ex-femme –même s’il lui avait suggéré de refaire sa vie avec quelqu’un d’autre-,  injuste envers sa fille, aussi. Il s’occupait toujours d’eux, après tout, malgré la distance. Était-il simplement trop vieux? Non, bien sûr que non. Seulement, l’impression que la légende avait dépassé l’homme subsistait. Qu’il ne pouvait pas se permettre ce genre d’écarts. Ainsi, il continuerait de faire la sourde oreille. Après cinq ans, il n’en ressentait plus le besoin, ne souffrait plus du manque.

Il contemplait son interlocutrice avec attention, sans doute plus que ce qu’il aimerait admettre. Il avait un devoir de patron qui primait sur ses envies personnelles et elle n’y changerait rien, d’autant plus qu’il ne la connaissait que très peu. La relation était d’origine professionnelle au mieux, d’où la nécessité de ce genre de soirée. De sa taquinerie, il releva tout de même un certain intérêt et crut bon d’y réagir. Opinant de la tête, il plissa légèrement les yeux, réfléchissant à ce que ce sourire pouvait bien cacher. Pousser dans le même sens semblait être la chose à faire, ne serait-ce que par curiosité de sa part. « C’est un risque, que de trop s’y attacher. Ma vie privée est étonnamment complexe. Peut-être qu’en ce moment je ne considère pas cet instant comme partie intégrante de celle-ci et que ce n’est qu’une image que je montre aux autres. Peut-être que je considère tout comme faisant partie de ma vie personnelle aussi.»

Il se retourna vers le milieu de la phrase, fixant l’horizon. À la fin de sa tirade, il haussa même les épaules avant de jouer avec la cigarette entre ses doigts. Le ton était contemplatif, comme s’il ne savait trop où la vérité subsistait. Sans doute, quelque part entre les deux, mais il n’entrerait pas dans les détails. Il retrouva rapidement le sourire, lui faisant face à nouveau. « Quoi qu’il en soit, ce que je fais dans ma chambre le soir ne regarde que moi, n’est-ce pas? » Monsieur faisait toujours un effort conscient d’honnêteté. Par rapport à ses sentiments et ses impressions, il ne laissait rien en suspens, rien à l’imagination. Le fait de ne pas aborder certains sujets n’allait pas à l’encontre de cette honnêteté, selon lui.

La question du travail en était une importante, aussi. Ce n’était pas un milieu conventionnel, que celui dans lequel il oeuvrait. Par conséquent, le personnel ne l’était pas non plus. Même si la clause de confidentialité en était une sur laquelle il insistait beaucoup avant l’embauche, il ne pouvait pas écarter la possibilité que l’un de ses employés ne lui tourne le dos et ne révèle ces informations à d’autres partis. Il devait veiller à ce que tout soit à leur goût, tout en maintenant la quantité d’information disponible uniquement au strict nécessaire. Elle semblait avoir mis l’emphase sur ces « autres activités », sans doute en réponse à sa question. D’une part il était rassuré que tout lui convienne et de l’autre, il se demandait ce que ces autres activités pouvaient bien être. « Tant mieux. Tu as donc suffisamment de temps libre pour travailler plus d’heures, si j’ai bien compris? »

S’il était sérieux ou non, dur de deviner. Elle était intrigante, il était forcé de le réitérer. Se retrouvait-il pris au piège dans un jeu de sa part? Il ne voudrait pas que sa curiosité ne le compromette. « J’ai le bien de tous mes employés à cœur. J’aime le travail bien fait, il va de soi qu’en retour je m'assure que vous ayez envie de bien le faire.»

La question suivante le surprit un peu plus. Il n’avait pas l’habitude de répondre à cette question et dut y réfléchir quelques instants. «Hmm. Je dirais qu’il s’agit d’une opportunité. J’ai grandi dans cet univers, sans avoir d’attache particulière envers qui que ce soit. En m’entourant des bonnes personnes, j’ai compris qu’il y avait moyen de tirer son épingle du jeu tout en conservant le privilège de n’appartenir qu’à moi-même. Les gangs de nos jours sont composés de jeunes passionnés, il faut bien entretenir cette passion.» Faire de l’argent sur leur dos était une réponse alternative, mais il préférait la première version. Plus inclusive, moins dénigrante.

Les choses se calmaient à l’intérieur et à la vue de sa cigarette presque entièrement consumée, il crut bon de retourner à se réchauffer, le froid commençant à l’habiter en dépit des effets de l’alcool. Il proposa une main à Yuen, l’invitant à le suivre à l’intérieur. « Je ne peux risquer que tu attrapes froid. » Les esprits commençaient à s’échauffer, d’ailleurs. Des quelques personnes restantes, certains couples s’étaient formés et s’amourachaient directement sur son canapé. Avaient-ils poussé l’audace à prendre son hospitalité pour une invitation à faire ce qu’ils voulaient? Il semblait quelque peu embêté; ce n’était pas prévu. Pas fâché pour autant, juste un peu agacé. Résigné à leur laisser un peu de temps avant de les retourner chez eux. Le prix à payer en organisant une soirée du genre. Il se tourna vers Yuen. «Est-ce que je t’ai privé d’une fin de soirée comme celle-ci en t’accaparant le temps d’une cigarette?» Si c’était le cas, il n’en serait en aucun cas désolé. Il n’avait pas envie qu’on le prenne pour un Love Hotel.
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Il y eut dans sa réponse quelque chose qui lui tira l'ombre d'un rictus, tout juste de quoi étirer ses lèvres avant de s'évanouir sans une trace. Si elle-même était mystérieuse plus par amusement que réelle nécessité, il semblerait bien qu'elle se mesurait ce soir à quelqu'un ayant fait du mystère son habit et marque de fabrique. Oh, ça n'était pas la première fois qu'elle avait eut cette impression envers sa personne ; les quelques mots polis qu'ils s'étaient tout au plus échangés auparavant lui en avaient déjà donné un avant goût, juste de quoi attiser sa curiosité et peut-être bien mener à cet intérêt tout sauf innocent qu'elle nourrissait présentement pour lui. Après tout, les mystères étaient faits pour être percés, dévoilés, et elle mourrait d'envie de mettre celui-ci à nu. Littéralement.

Son regard s'était perdu de son visage à sa main, avant de chercher ce qui avait pu saisir son attention, quelque part à l'horizon. Et la mention de sa chambre fit naître un rire étouffé, l'amusement alors brillant dans ses prunelles sombres. C'était une perche trop belle pour ne pas être saisie, une opportunité de tater un peu plus le terrain et de jauger le succès de son entreprise actuelle. « Pourtant, c'est vous qui le mentionnez. Vous êtes sur de ne pas vouloir en parler, hm? » Le ton était rieur et le sourire taquin, la cigarette par la suite retrouvant très vite sa place entre ses lèvres. Mieux valait ne pas pousser trop loin, rester légère dans ses remarques sans pour autant perdre de vue ses réactions — qui sait ce qu'elle pourrait y déceler?

Dans d'autres circonstances, surement se serait-elle montrée bien plus directe dans son approche, beaucoup plus culottée également. Elle l'avait déjà fait après tout, et avec bien plus tabou qu'un patron. Même si en y repensant, la victoire de l'époque était très vite devenue un fiasco lorsqu'elle s'était retrouvée dans un avion en direction de Hong Kong, sans billet de retour. Un détail, et en toute sincérité, elle était bien loin de regretter avoir séduit son professeur de l'époque, c'était certain. Sauf que tout ça ne changeait pas vraiment son dilemme actuel : l'homme face à elle était beaucoup plus difficile à sonder qu'elle ne l'aurait cru, et l'espace d'un instant la voilà qui se demanda s'il n'était tout simplement pas naturellement ainsi. Non, c'était forcément un masque, quelque chose clochait. Une raison de plus de vouloir découvrir qui Monsieur cachait sous cette façade de professionnalisme distant.

« Tout ça pour me demander de faire des heures supplémentaires? Je préfère les hommes directs en général, vous auriez pu me le demander tout de suite. » Un clin d'œil cette fois alors que sa cigarette arrivait malheureusement à sa fin, écrasée dans le cendrier le plus proche. Autant jouer le jeu, qu'il soit sérieux ou non. D'autant que très vite, la conversation prit une tournure un peu plus sérieuse, le temps d'une réponse qui souleva beaucoup plus d'interrogations que prévue. « Passionnés n'est pas le mot que j'aurais utilisé. Surtout pas récemment. » Rosie n'en ajouta pas plus, mais le haussement de ses sourcils en disait long : elle les aurait plutôt appelés cons, voir même carrément inconscients dans certains cas. Probablement hypocrite face à son propre historique certes, mais depuis, elle s'était calmée.

La main proposée la laissa silencieuse un instant, peut-être bien prise de court ou tout simplement considérant quelle était sa meilleure option. Ainsi, ce fut avec un sourire en coin qu'elle pris la main lui étant proposée, avant de retourner à l'intérieur. La chaleur était on ne peut plus bienvenue tout à coup, la différence de température avec l'extérieur colorant faiblement ses joues.

Son regard aussi s'était arrêté sur le canapé, sourcils légèrement haussés alors que la remarque de son patron atteignait ses oreilles. « Hm. » Mordillant pensivement sa lèvre, il lui fallut quelques instants avant de répondre, lui jetant un regard bref. « J'en doute. Cela dit— » Un rire fila, taquin, tout comme son regard d'ailleurs. « Ca pourrait peut-être changer. » C'était bien culotté de sa part, mais le ton sauvait les apparences. Ca restait malgré tout un coup de poker, la jeune femme en avait conscience sans aucun doute. Pourtant, c'était sa nonchalance habituelle qui était affichée alors qu'elle remontait les manches de son pull, révélant des avant-bras couverts d'encre colorée — l'apanage du parfait petit criminel en herbe. « Je reviens. » Un clin d'œil avant de s'éloigner sans plus attendre, venant se positionner derrière l'un des couples bien occupés, ses mains se posant sur le dossier du canapé sans plus de cérémonie. Oh, elle avait remarqué son expression, le temps d'un battement de cils, puis, ruiner la soirée de ses collègues, ça n'avait pas de prix. Ou du moins, les embarrasser un tantinet. « J'doute que le patron apprécie d'vous voir vous lécher l'intérieur de la bouche sur son canapé. » Lancé de but en blanc, inconfortablement penchée vers les invités dissidents, elle savait que sa remarque ferait de l'effet. Que ce soit gêne ou insultes, ça l'amuserait de toute façon.

Et justement, parmi les coupables, les réactions ne tardèrent pas à fuser, quelques regards alertés en direction de l'homme un peu plus loin, excuses balbutiées vaguement, ainsi que quelques mots pas franchement gentils soufflés en direction de la nettoyeuse. De quoi lui tirer un sourire railleur, avant qu'elle ne tourne les talons. « Et vous perdez pas en rentrant! » Parce qu'elle avait toujours la sécurité d'autrui au centre de ses soucis, évidemment.

« J'espère que vous ne m'en voulez pas pour ça. » Après tout, la soirée touchait à sa fin de toute façon, non?
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Monsieur demeura surpris de voir Yuen prendre les choses en main ainsi. Si ce n’avait été que de lui, il aurait envoyé un message le lendemain pour leur faire part de son désagrément, mais n’aurait rien tenté dans l’immédiat. Il était du genre patient, mais appréciait que l’on veuille lui rendre service. C’était tout à son honneur, bien que la nature de son geste sous-entendait que les tourtereaux pouvaient s’attirer les foudres de Monsieur en témoignant leur affection. Un peu contre-productif, mais il était forcé d’admettre qu’il était drôlement satisfait de la voir agir en son intérêt. Ce n’était pas dans son habitude et il l’avait remarqué. La jeune femme usait de la carte du charme et au détour de ses courbes, il revivait des bribes d’émotions qu’il s’était interdites; ce n’était pas professionnel. Il observait le duo déguerpir, les saluant d’un geste distrait au passage, mais son attention était rivée sur Yuen. Il ferma les yeux, avala son verre d’un trait et dans une grimace le déposa sur le comptoir, s’avançant vers son acolyte. «Ce n’est pas comme ça que vous vous ferez des amis» fit-il remarquer, observant les deux silhouettes se profilant dans la pénombre, jusqu’à leur taxi. Il soupira tout de même, empreint d’une certaine sérénité. « Merci.» Il n’y avait rien de réprobateur dans le regard, au contraire, peut-être même une certaine satisfaction qu’il laissa transparaître sur son faciès.

Un pas sur le côté et voilà que Monsieur visualisait l’ensemble de la résidence. Il se faisait tard comme l’indiquait la montre à son poignet et les convives s’éparpillaient de plus en plus au travers de la ville, regagnant leurs habitations. «Il commence à se faire tard. Puisque vous êtes la dernière, je me propose à vous reconduire. Un tour dans ma voiture, ce n’est pas rien.» Il n’était pas clair sur ses propres intentions. Les jeux de charme de la mademoiselle avaient vraisemblablement eu un rôle à jouer dans la soudaine proposition. Une partie de lui s’en voulait, ce n’était pas sage. Ce n’était pas une bonne idée. L’autre partie, elle, était convaincue qu’il n’y avait rien de suggestif dans un simple service offert. Une occasion de montrer son bolide –l’une de ses fiertés-, mais rien qui serait mal vu. « Qu’en dites-vous? C’est une chance unique.»

Il ne serait peut-être pas celui avec qui elle allait finir la soirée, mais il ne serait pas ingrat non plus. Il se sentait néanmoins tanguer entre devoir et désir, tentait de renier le dernier. Il avait du mal à s’avouer empreint de ce genre de sentiments après avoir fait une croix dessus, au point de considérer la chose comme une tare, une faiblesse. Monsieur ne pouvait avoir de faiblesses. C’était la base du personnage. Une balade en voiture représentait sans doute la limite qu’il pouvait s’accorder, niveau intimité.
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Sa remarque lui tira un sourire en coin, nonchalance et amusement brillant dans son regard. Et ce fut un haussement d'épaules désinvolte qui vint s'ajouter au tableau. « Je pense pouvoir vivre sans, ne vous en faites pas trop pour moi. » Après tout, se faire des amis, qu'importe ce que cela pouvait impliquer, n'avait jamais été son objectif, encore moins depuis qu'elle avait été engagée. C'était un concept enfantin qu'elle avait laissé derrière elle depuis longtemps et s'en tenir à des connaissances, la plupart du temps, lui satisfaisait amplement — pour le reste, elle pouvait toujours s'aider de quelques œillades lourdes de sens et de sourire mystérieux. D'aucun diraient que c'était là une façon bien sombre de voir le monde, et probablement leur rirait-elle au nez. « Eh, c'était pas grand chose. » Mais elle ne rit pas, sourit simplement, tout en laissant son regard se perdre dans le vague.

La dernière — deux mots qui la sortirent finalement de ses pensées, cherchant du regard la silhouette d'autres collègues. C'était bien vrai pourtant, il n'y avait plus personne, mis à part eux et ceux employés pour ranger les lieux. L'espace d'un instant, elle fit face à l'impulsion de lui glisser quelques paroles salaces, mais se retint, n'affichant un sourire amusé. « Et qu'ai-je fais pour mériter cet honneur, hm? Ne me dites pas que vous offririez ça à n'importe qui. » Une moue feinte pour ponctuer ces quelques mots, tandis qu’elle tourne les talons et lui tourne le dos, prétend se faire pensive. Dans son esprit cependant, la questions était déjà réglée : c'était un oui dépourvu d'hésitation. Cela dit, elle préfère ne pas presser les choses, peut-être même le faire mariner dans sa générosité qui semble laisser sous-entendre autre chose. Elle n'en était pas certaine, ça n'était là rien de plus qu'une intuition, et pourtant.

« Je m'en voudrais de refuser une offre pareille. » Ca voulait dire oui, et ça avait été soudain ; elle s'était retournée avec un sourire flottant sur ses lèvres, les quelques mots glissés alors qu’elle passait près de lui pour aller récupérer son blouson. Et sa main avait à peine effleuré son bras, suffisamment naturellement pour que ça n'ait l'air de rien, pour que ça le fasse douter peut-être. Était-ce son imagination? Ou son employée était-elle suffisamment culottée? Des questions sans réponse, et une employée peinant à garder sa satisfaction pour elle : ça faisait briller son regard, animait son minois usuellement placide de ce rictus railleur dont elle avait le secret.
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Monsieur fit mine d’être pensif, amusé par la réplique de l’employé. Voyons voir, offrirait-il ce service à n’importe qui? La réponse était instinctive. Bien sûr que non. Il ne laissait entrer et manipuler la Rolls Royce que par un nombre très limité d’individus et non pas sans quelques précautions au préalable. Il se révélait très protocolaire à ses heures, un goût du travail bien fait que l’on pût méprendre pour de la manie. Sauf qu’il s’en voudrait d’y faire abstraction pour ensuite voir que l’on avait souillé sa voiture.

« Disons que vous vous êtes improvisée une excellente videuse en plus d’être d’agréable compagnie. Cela ne vient pas sans condition, néanmoins. Aucune nourriture ni boisson à l’intérieur et faites attention à ne rien égratigner. Je m’en voudrais que vous ayez à subir mon courroux pour un fâcheux incident.»

Même si l’exagération était palpable tant elle était ridicule –à son avis-, l’avertissement tenait toujours. L’entrée dans le véhicule tenait presque du rituel. Elle accepta à son plus grand plaisir, cherchant les clés de la voiture alors qu’elle passait tout juste à côté de lui, la sensation de sa main effleurant son bras le forçant à tourner la tête vers elle par surprise alors. Une sensation vaporeuse qui se dissipa presque aussitôt qu’elle était survenue, le faisant se questionner sur son propre état. Alors qu’elle lui tournait dos il observa sa silhouette, partant de ses épaules, son regard sillonnant la moindre caractéristique perceptible jusqu’à parvenir au galbe de son derrière et de ses cuisses, s’y arrêtant momentanément. Happé par de vulgaires pensées qui n’étaient très certainement pas dignes de lui, il se frotta les yeux, se rappelant à l’ordre prestement et détournant le regard, regagnant sa droiture habituelle. La fatigue lui jouait des tours, tout simplement. Qu’est-ce que cela pouvait être, sinon?

Une fois la demoiselle prête, il l’entraîna vers le garage où la voiture était garée. La bête se dévoila aux yeux de sa compagne du soir, véritable ode au goût et au luxe de Monsieur. Il lui ouvrit la portière, appelant à sa bonne éducation.

«Après vous, Yuen.»

Une fois celle-ci installée, il gagna le côté conducteur, s’installant avec une délicatesse si habituelle chez lui, mais qui témoignait du sérieux et du soin qu’il accordait à son véhicule.

« C’est là que toute la façade du patron humble s’écroule. J’espère que cela ne viendra pas tarir votre image de moi. »

Il aimait le luxe et n’avait pas grand-chose à faire de ceux qui pouvaient bien le juger là-dessus. D’ailleurs, à la fin de sa phrase précédente, il tourna la tête vers elle, un rictus amusé au coin des lèvres. Cette propension pour le luxe ne le définissait pas, c’était son plaisir à lui. D’ailleurs, il se retint d’ajouter qu’il se sentait choyé d’être entouré que par le beau, en ce moment. Ou la belle, en l’occurrence. Il démarra la voiture, la porte automatique du garage s‘élevant dans les airs et ce n’était l’affaire que de quelques secondes pour qu’ils se lancent dans Tokyo.

«Où habitez-vous, d’ailleurs? Je n’ai rien contre l’idée de me balader en votre compagnie jusqu’aux petites heures, mais vous devez être fatiguée. Ce serait mal vu de ma part de vous tenir prisonnière de ma compagnie trop longtemps.»
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« Je m'en voudrais de vous décevoir. » si là étaient les mots qui avaient fini par filer entre ses lèvres, ses pensées, elles, étaient bien loin d'être aussi louables. est-ce que son courroux rimait avec punition? l'idée lui tira ce genre de sourire qui laissaient supposer quelques pensées bien imaginées, ce genre-là qu'on ne pouvait pas admettre décemment en public — encore moins face à son patron. c'est pourquoi elle s'en tint à son expression usuelle, quelque chose de lointainement joueur, le regard amusé.

il y eut quelques instants de flottement, la veste jetée par dessus son épaule avec nonchalance avant de finalement lui emboîter le pas en direction de la fameuse voiture. et lorsque ses yeux se posèrent sur la carrosserie, la nettoyeuse fut bien obligée d'admettre que c'était là un sacré véhicule, le genre qu'elle n'avait pas l'habitude de voir et encore moins d'approcher. ça lui tira un bref rire, de quoi exprimer sa surprise, avant de prendre place sur le siège passager, observant l'intérieur de l'habitacle avec une curiosité définitivement attendue. « Oh non, il en faudrait bien plus que ça. » elle dut retenir un clin d’œil, préférant alors fixer le tableau de bord — c'était pas passé loin du geste gênant. car il fallait le dire, le fait qu'il soit son patron la forcé à maintenir un semblant de tenue et de décence, parfaitement consciente qu'elle ne pouvait se permettre d'être trop culottée. et ce même si elle ne pouvait s'empêcher de se demander s'il cachait quelques intentions peu professionnelles derrière cette offre de la raccompagner chez elle. hah, si ça n'était pas cliché ça, parfait pour un énième drama télévisé mais définitivement pas en accord avec sa vie privée.

à présent qu'ils avaient pu parler dans un cadre autre que leur relation employeur/employée (ou presque), Rosie le découvrait prévenant ; ça avait quelque chose de touchant et de quelque peu attachant, quelque part. comme quoi, il y avait bien un être humain derrière cette façade d'homme d'affaires inébranlable. « Je suis habituée aux sorties tardives, ne vous en faites pas pour moi. » quelques mots accompagnés d'un sourire en coin, ainsi qu'un bref regard en sa direction, avant de se laisser happer par la lumineuse Tokyo qui défilait à l'extérieur. « Et j'doute qu'un coin comme Ueno soit vraiment l'endroit parfait pour une voiture comme la vôtre. » les sourcils tout à coup froncés, elle sembla presque embarrassée l'espace d'un instant. pourtant, il fallait bien admettre qu'elle ne vivait pas dans un coin très reluisant, et si elle avait connu pire par le passé, les faits étaient là : elle s'en voudrait qu'il lui arrive quoi que ce soit.

et tout ça fit naître une réflexion suffisante pour la garder silencieuse un peu plus longtemps que prévus, ses doigts jouant avec le rebord usé du blouson sur ses genoux, avant de s'en prendre à une manche de pull — la remontant de sorte à dévoiler une bonne dizaine de centimètres d'épiderme tatoué. « Cela dit, l'idée d'une balade est tentante. Histoire de profiter un peu plus longtemps de votre compagnie. » et là, elle osa, presque subtile pour une fois : le regard pas trop appuyé, le bref clin d’œil et sa lèvre imperceptiblement mordue. ah, c'était difficile de prétendre être quelqu'un de bien, ne pas l'observer trop longtemps ou encore fermer les yeux sur es divagations toutes sauf acceptables de son esprit. sans parler que Monsieur était définitivement un homme plaisant à regarder.

« Qu'est-ce qui vous a donné l'envie d'une voiture aussi chère, hm? » changement de sujet. à croire que pour une fois (incroyable!), Yuen n'assumait pas totalement les conséquences probables de ses actions.
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C’est à cet instant que Monsieur se sentait en parfait contrôle de la situation. Ici, derrière son volant et filant sur l’autoroute. Ce n’était par excès de machisme, plutôt un amalgame de plusieurs petites choses. Il aimait la nuit pour son calme, éclairé par intermittence par les lampadaires tandis qu’il se laissait bercer par la musique de la radio aujourd’hui troquée par les répliques concises de sa copilote. Réajustant sa poigne sur le volant, ses yeux ne quittaient pas la route, mais son ouïe n’appartenait qu’à Yuen. «Ah, vraiment? J’aime bien profiter de la nuit également. Le temps pour réfléchir, le calme, la sérénité. Je trouve Tokyo étrangement plus invitante lorsque plus personne ne s’y trouve.»

Il capte l’incertitude dans sa voix, son sourire ne fait se fait que plus grand. Depuis quand ses employés devaient-ils s’inquiéter pour lui? À l’exception de Jiji, certes, mais Jiji était payée pour s’inquiéter à sa place. «Allons, si je vous l’ai proposé, ce n’est certainement pas pour vous abandonner quelque part en périphérie. À moins que ce ne soit une ruse pour profiter de ma voiture?» Il en rit, doucement. À sa place, qui sait s’il n’aurait pas tenté quelque chose de similaire? Ils arrivent à un feu de circulation, le forçant à s’arrêter. Détournant le regard vers elle, il entrevoit partiellement son tatouage, s’y attardant quelque peu, mais ne distingue que très peu dans cette ambiance monochrome. Lorsqu’elle prend la parole à nouveau, il sursaute faiblement, levant les yeux vers elle, l’ombre d’un rictus au coin des lèvres. «Ah, j’avais donc raison. Je serais bien mal placé pour refuser, j’avoue en avoir envie également. »

Une fois la lumière passée au bleu, il changea de direction de sorte à continuer sur l’autoroute au lieu de gagner les quartiers résidentiels. «Les stéréotypes sur les gens fortunés sont loin d’être faux, vous savez. Disons que j’apprécie le luxe, énormément même. Mais j’essaie de ne pas perdre de vue la raison de cette richesse et de conserver une certaine humilité par rapport au milieu où je travaille.»

Tranquillement, ils commençaient à quitter la ville, traversant un quartier plus industriel et se dirigeant vers la côte, de sorte à être entourés de la mer et de la forêt. Puisque l’heure était à la discussion, sans doute pouvait-il se permettre un brin d’indiscrétion. Généralement, il avait une assez bonne idée du milieu dans lequel vivaient ses employés, mais leur histoire demeurait toujours intéressante à écouter lorsque ceux-ci voulaient bien la partager. «Si vous me permettez l’indiscrétion, qu’est-ce qui vous a amené vers les gangs? Ce n’est certainement pas le milieu le plus reluisant. Vous m’apparaissez jolie et intelligente, il n’y a aucune raison que vous ne puissiez pas avoir une situation plus stable. À moins que vous aimiez particulièrement le milieu?»

Il repasse dans sa tête ce qu’il vient de dire, s’inquiète que le message puisse être mal interprété. «Je vous dis ça avec tout le respect que je vous dois, bien entendu. N’y voyez aucune critique, vous êtes libre de faire ce dont vous avez envie, je me demandais simplement.» Il se sent sur la défensive, un peu. Peut-être à tort, aussi. Ce ne serait pas dans son intérêt de dire quelque chose de déplacé à Yuen, surtout qu’ils devaient partager le même espace.
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« J'oserais jamais tenter quelque chose du genre avec vous, Boss. » elle riait mais son regard brillait d'une étincelle espiègle, preuve qu'au contraire, elle n'aurait probablement que peu de scrupules à glisser quelques petits mensonges entre deux part de vérité si cela pouvait lui permettre d'obtenir ce qu'elle désirait — ce que tous deux désiraient, semblerait-il. de quoi éveiller un sentiment de victoire en elle, accompagné d'une satisfaction traduite par un sourire en coin. et toujours, ce n'était pas la seule chose dont elle avait envie ; des envies qui pourtant ne pouvaient se traduire en actes, trop osés et risqués vus la situation. de quoi faire naître une certaine frustration, pas suffisante pour user sa patience mais définitivement présente malgré tout. « Et ne vous en faites pas pour moi, je saurais me débrouiller quoi qu'il arrive. »

son regard avait fini par retrouver la fenêtre et l'extérieur, suivant le paysage qui défilait tout en suivant le fil de la discussion, incapable à l'heure actuelle de réellement détacher son attention de lui ; peut-être était-ce sa solitude devenue récemment pesante, l'alcool ingéré ou juste la fatigue, mais elle se trouvait bien trop alerte tout à coup, frissonnant presque à l'idée d'être si proche et pourtant incapable de tenter quoi que ce soit. non, elle restait sage et se moquait silencieusement d'elle-même, hochant la tête alors qu'il offrait satisfaction à sa curiosité — pour l'heure du moins. « Dis comme ça, je suppose que ça fait du sens. C'est quand même un pari risqué, ça s’abîme facilement une voiture. » quoi qu'en y pensant, il avait amplement les moyens de la réparer quoi qu'il arrive, réduisant à quasi rien lesdits risques, ou du moins leurs conséquences. le genre de perspective qui lui échappait à vrai dire, n'ayant jamais quitté sa classe moyenne et son confort précaire.

et justement, le voilà qui osait l'interroger, mettant en avant sa situation qui n'avait rien d'enviable, du moins pour les gens comme lui. par habitude, un froncement de sourcils vint troubler son expression, le haussement d'épaules qui suivit se voulant dédaigneux de la question. sauf que très vite, Rosie réalisa qu'elle ne pouvait pas juste se contenter de ça, et qu'elle pouvait, peut-être, lui partager quelques fragments de sa vie personnelle.

« Ca fait beaucoup de compliments, allez pas me faire imaginer des choses. » évidemment, elle jouait la carte de la légèreté, se calant un peu plus contre le dossier confortable du siège. d'une main, quelques mèches sombres ramenées vers l'arrière, tandis qu'elle semblait s'obstiner à fixer la route devant elle. « Les choses sont pas aussi simples que ça. Enfin— je suis née dans ce milieu-là, et c'est pas vraiment quelque chose qu'on choisit. » c'était simple, au bout du compte et pourtant si compliqué. et que dire de plus de toute façon? elle n'avait pas l'habitude de se confier ni de revenir trop longtemps sur le passé, même si ses questions n'en remuaient que très peu. « Et tout le monde n'a pas le privilège d'avoir réellement le choix. » ça avait été exposé d'un ton égal, un fait qu'elle avait accepté depuis longtemps déjà.

cependant, elle ne pouvait fermer les yeux sur sa gorge plus serrée qu'elle ne l'aurait voulue, ni l'étrange sensation qui venait quelque peu ruiner ce moment passé avec lui ; de quoi lui tirer un soupire avant de reposer son regard sur lui. « Mais ça n'est pas très intéressant. Je suis certaine que vous avez d'autres questions bien plus juteuses à me poser. » le rire était revenu dans son ton, un poil culotté tout en restant bon enfant malgré tout. « Vous en faites pas, il en faut beaucoup pour me gêner. » et un clin d’œil suivit, alors qu'elle reportait son attention dehors, l'air de rien, cherchant à calmer l'inconfort éveillé un peu plus tôt, quelque chose se manifestant par ses mains légèrement agitées, remontant ses manches avant de trouver réconfort sur le cuir de la veste posées sur ses genoux. elle n'aimait pas provoquer ses vieux démons oubliés.
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Monsieur avait le compliment sincère. Qu’elle s’imagine des choses était tout à fait compréhensible, l’homme n’en pensait pas moins. Malgré cette reconnaissance, cependant, il existait toujours un mur qu’il ne serait pas à même de franchir, son rôle d’employeur face à son employée. Même si le « business » fonctionnait en marge des pratiques courantes de la société japonaise, il se plaçait dans le même carcan de rigueur et de discipline que les autres. C’était une façon de se garder droit, hors des scandales et de maintenir sa réputation intacte. Son opinion n’avait même pas lieu d’être; il exécutait simplement. Pour son propre bien, quitte à se faire violence.

Son discours ne suscita pas de réponse immédiate de sa part non plus. Sa lignée lui avait fourni beaucoup de privilèges dès sa naissance, juger les autres devrait lui être interdit. N’empêche, il se retrouvait à questionner cette notion qu’on appelait la chance, tentait d’adresser ce concept vague sur lequel les gens tendaient à blâmer leur situation. Pour sa part, il aimait considérer que la chance n’était pas cette épée de Damoclès qui pendait au-dessus de la tête de tout le monde. Plutôt, il croyait qu’il s’agissait de quelque chose que l’on bâtissait soi-même en fonction de ses choix. Ce serait dommage de simplement se contenter de rêver en vertu de son sang.

Elle amena le changement de conversation et il ne s’y opposa pas. Que pouvait-il lui demander, tiens? « De plus juteux? Est-ce que vous essayez de guider mes questions vers un endroit précis? Vous n’oseriez quand même pas?» Il avait ce sourire aux lèvres, juste assez présent pour qu’on le distingue, un côté joueur poli et certainement pas trop mis de l’avant. «Parlez-moi de vos tatouages. Je n’ai pas très bien distingué ce qu’il représentait dans le court instant où j’ai pu le voir…et ce serait déplacé de ma part de faire une fixation dessus. D’où vous est venue l’envie?»
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une fois le silence installé, le doute vint se faire une place entre eux, ou peut-être n'était-ce qu'elle. c'était là quelque chose qui ne lui avait jamais plu, l'impression d'en avoir trop dit ou pas assez ; habituellement, elle ne communiquait que le minimum nécessaire, ne se livrait pas. peut-être un genre de déformation professionnelle étendue à sa vie entière, celle-là qu'elle avait menée avant de revenir à Tokyo il y avait quelque années de ça. quelque chose qui l'avait marquée et qu'elle tentait encore de mettre derrière elle, mais cette amertume soudainement éveillée était bien la preuve que ce n'était pas le cas — ne le serait surement jamais.

pourtant, elle eut tôt fait de prétendre que tout ça n'était rien, son faciès reprenant cet air taquin qui lui allait bien mieux ; un sourire au bord des lèvres et le regard brillant. « Mais qu'allez-vous donc imaginer sur ma personne? Franchement, vous me brisez le cœur, Boss. » ça avait même été ponctué d'une main plaquée contre sa poitrine et d'un regard faussement peiné, histoire d'ajouter un peu de dramatique à sa réplique. la vérité pourtant n'était pas si loin, Roseanne parfaitement capable d'orienter une conversation pour en tirer ce qu'elle voulait. pas ce soir cependant, ou peut-être pas de cette façon du moins. parce qu'il y avait beaucoup de choses qu'elle désirait, frustrée par sa propre retenue et un sens des responsabilités qu'elle maudissait parfois. probablement que si elle l'avait rencontré quelques années plus tôt, elle se serait comportée de façon bien plus culottée et franche avec ses propres désirs, et surement que tout ça se serait fini de façon bien gênante. mais en dépit de tout ça, elle n'était pas certaine que la situation actuelle soit réellement mieux que cette hypothèse-là.

« Satisfaction personnelle, probablement. » une moue avait remplacé son sourire alors qu’elle remontait une fois de plus la manche de son pull — la gauche, celle où les motifs étaient achevés et colorés. « On ne peut pas vraiment dire que je fasse partie des gens considérant avoir besoin d'une raison profonde et sérieuse pour se faire tatouer. J'en avais envie, alors je l'ai fait. » il y avait quelque chose d'un tantinet lointain alors que la pulpe de ses doigts effleurait son propre avant-bras, distraitement. « Je pourrais vous le montrer, si vous le souhaitez, mais j'ai peur que ce ne soit pas le moment. Sans parler de la décence questionable de se dévêtir devant son propre patron. » elle n'était pas capable d'être sérieuse trop longtemps, ou peut-être craignait-elle de l'être ; l'un ou l'autre, la voilà souriante à nouveau. « Mais si vous voulez vraiment savoir, dites-vous que j'ai grandit dans un univers criminel purement japonais et traditionnel. Et il reflète ce que les gens se dépeignent quand on leur mentionne ces éléments-là. » un peu de mystère, et pourtant la voilà qui se confiait à nouveau, lui offrant bien plus d'éléments sur sa propre personne qu'on aurait pu l'imaginer. était-ce sage? surement pas. peut-être même que tout ça risquait d’entacher l'opinion qu'il avait d'elle. sauf qu'il était trop tard, que l'alcool déliait les langues et que les regrets étaient en vain, quoi qu'il arrive.
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