Quand La Mort Croise La Colombe [Pv:Dove]
D/2
Quand La Mort Croise La ColombeUn Prince Peu Charmant
Shi
Dove

Il se faisait tard au pays du soleil levant, cet astre brillant commençait à entamer sa chute quotidienne, qui laisserait bientôt place à sa petite sœur, la lune. Pourtant, tu n’allais pas attendre cette dernière pour venir enivrer ton corps qui semblait bientôt proche de la rupture. Tu avais connu des coups bas, vu des choses horribles, des évènements pouvant détruire mentalement un homme. Situation ironique, car cette vie mortelle que tu menais n’était pas ce qui était entrain de te déprimer, te rendre fou ou encore te tuer, c’était ton cœur, organe essentiel pour vivre autant physiquement qu'émotionnellement.

Une femme avait réussi à venir effriter cet organe, planter une graine, pour finalement y laisser une fleur fanée, qui avait pourri. Tu l’avais rencontré une nuit de lune pleine, passant un agréable moment, venant dépasser avec le temps le cadre de son travail. Puis, plus rien, plus de nouvelle après vos moments passé depuis ce jour et ceux d’après. Tout semblait bien filer, pour au final se consumer aussi vite que cela avait commencé. Voilà ce qui venait noircir ton âme, la teinter de la solitude, d’une rancœur, d’une haine.

Tu avais cherché dans ton coin pour obtenir des informations, mais aucune réponse, comme si on avait effacé toutes traces d’elle. Peut-être qu’elle avait agi ainsi d’elle-même, que tu n’étais qu’un grain sur sa route, un divertissement du moment. Cela venait doucement te torturer, te faire sombrer un peu plus dans une légère dépression. Ironique qu’un si petit bout de femme ai réussi à se faire effondrer un grand gaillard comme toi.

Tu as essayé de tenir bon, venant faire cours à tes élèves, ces derniers n’ayant rien fait pour ne pas mériter une bonne éducation. Pourtant, tu ne point tout cacher, Haruna, et même tes élèves remarquèrent ta situation, te trouvant différent. Tu avais souri sous leur tendresse, tu devais être fort, mais il est dur de garder le rôle de héros. C’est à ce moment-là qu’il était simple de comprendre pour toi, pourquoi les héros n’existaient pas, ils ne feraient pas long feu, dans ce monde impitoyable.

La fin des cours sonne la fin de ta mascarade, tu te laisses de nouveau aller, traînant dans les rues pour marcher lentement, à la recherche d’une main tendue, d’un besoin, d’une solution à ton problème. Un bar, voilà une bonne bouée pour un naufragé comme toi, il devait avoir fini d’ouvrir la boutique, c’était le bon moment pour commencer à boire alors. Cependant, tu le sais qu’il ne faut jamais écouter ses sentiments dans ce cas-là, elle te fera toujours plonger dans l’extrême, ainsi est conçu la conscience humaine.

C’est à partir de ce moment que tu ne sais pas comment les choses ont dérapé, il t’a fallu moins d’une heure pour devenir une épave physiquement à présent. Par fierté, tu tenais le choc, réussissant à garder de la fluidité dans tes gestes, arrivant à cacher comme tu pouvais ton état d’ébriété. Tu ne comptais même plus les verres qui avait touché tes lèvres sur le moment, la boisson n’avait même plus de goût sur ton palet, tu buvais juste pour boire, un tic, un moyen de noyer ton chagrin et toi avec à ce rythme-là.

Soudain, comme un éclair de lucidité, tu prenais la décision de rentrer chez toi, à pied, bien entendu. Tu avais encore un peu de conscience pour savoir qu’il ne fallait pas conduire. Ton regard vers le ciel trouble pour toi, tu pouvais voir que le soleil n’était même pas encore caché d’un tiers de sa personne. Ton erreur te sautait à la figure, mais ce n’était pas grave, tu ne regrettais rien pour le moment. Ton corps et le peu de logique qui lui restait te mener tout en titubant sur le chemin qui te conduirait chez toi.

Ce n’était pas la meilleure route, mais la seule dont tu te souvenais, tu passais par les mauvaises ruelles, tu regagnais un peu de lucidité, sans pour autant perdre l’effet de l’éthanol sur tes neurones, ton raisonnement, ta logique. Te voilà dans un parc, peu de monde à cette heure-là, en même temps, ce n’était pas un lieu pour les enfants au vu des structure et surtout, ce n’était plus l’heure de ce genre de folie. Ton regard se perdait sur l’horizon pour se sentir alors accroché sur quelque chose d’aussi agréable qu’un couché de soleil.

Tu avais peut-être eu tort en pensant qu’il n’y aurait personne, tu croisais une jeune femme, elle semblait beaucoup plus clean qu’un professeur en état d’ébriété. Mais ce n’est pas ce que venait de penser ton esprit malsain et embrumé. Seule l’image de la femme restait à résonner dans ta tête, se mêlant à cela la détresse d’un homme, un besoin de réconfort. Voilà l’association d’un ivrogne, tu décidais de la suivre, marchant lentement dans sa direction gardant au mieux ta stature digne, montrant une certaine lenteur à marcher.

Lorsque tu fus à sa portée, tu venais montrer une certaine rapidité, il ne fallait pas sous-estimer un homme dans la détresse, les ressources du corps sont innombrables. Tu la prenais dans tes bras, tu ressentais ce besoin, cette folle envie de sentir une présence féminine prêt de toi, ton esprit se laissait aller, comme si le simple contact, cette chaleur avait brûlé les dernières lueurs de ta cervelle. Tu laissais couler de tes lèvres ses quelques mots, la requête d’un homme, d’un ivrogne.

“S’il vous plaît, rester ainsi, j’ai juste besoin d’une présence, d’un réconfort, j’ai besoin d’amour, d’être aimé.”

C’était sans doute, les paroles venant de ton subconscient, ce que tu ne pourrais jamais avouer naturellement.
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Quand la mort croise la colombe.ft. shi
Sa voix vrombit dans mes oreilles. Comme si ses cordes vocales faisaient offices de basses, le son semble vibrer, ricocher contre les murs grisâtres. De belles notes, graves, qui traversent l'air pour me parvenir. « Prends rendez-vous pour moi chez... » Parle-moi. Dis-moi quelque chose. Je le pense, sans oser le dire. Bien qu'effectivement, d'un point de vue strictement logique, mon mari soit bel et bien en train de s'adresser à moi, il esquive soigneusement le sujet initial. Il s'affaire à resserrer le nœud de sa cravate, sans me jeter le moindre regard, puis se retourne enfin vers moi en attente de ma réponse. Et le moment me semble opportun. Un sourire, plein d'hésitations, de doutes, naît et étire si légèrement mes lèvres roses.  

« Souhaites-tu savoir si nous attendons une petite fille ou un petit garçon ? »

Nous. Le mot me gifle. Une violente claque, si forte que les ongles du destin griffent ma joue en passant. Mes yeux s'arrondissent, dans la stupeur, alors que je porte une main tremblante à mon visage. Ce n'est pas le destin. Son regard, froid, mord ma peau. Et ses paroles, avant qu'il ne disparaisse encore au tournant d'un couloir de l'entrée, me surprennent. Elles sont plus douloureuses que cette malheureuse gifle. C'en est risible.

« Louisette, tais-toi. »

Ce n'est pas son enfant. Je le sais. Une part de moi souffre, une autre console la première en l'emmenant se baigner dans cet océan toujours plus sombre. L'eau, bientôt, sera vermillon. Les larmes roulent sur mes joues, y formant de longs sillons salés, pourtant mon sourire persiste. Il y a un moyen de tout réparer. Un moyen que je ne connais pas, certes, mais ignorer son existence ne veut pas dire qu'il n'existe pas pour autant. Je sens cet étau de fer se saisir de mon cœur, alors que j'entends le moteur de la voiture s'allumer au-dehors. Mes pas me portent jusqu'à la hauteur d'une fenêtre, et je pousse à peine le rideau pour voir le véhicule sortir de notre allée. Depuis quelques jours, il ne part plus à pied, comme s'il ne voulait pas m'offrir la vue de son dos plus longtemps. Sa silhouette s'engouffre, chaque matin, dans cette voiture gris anthracite, et disparaît comme un mirage.

Tout va bien, maman est là., est tout ce que j'arrive à penser, en passant par instinct la main précédemment sur ma joue sur mon ventre à peine déformé par la vie qu'il abrite. J'ai peur. Peur que rien ne change, peur que tout ne fasse jamais que se répéter. Peur qu'à force de ne pas l'aimer, il finisse par haïr cet enfant, pourtant blanc comme neige. C'est ma faute... Je porte le poids de mon erreur. Depuis ce jour, depuis que nous avons apprit pour cet événement, mon ventre semble porter la grenade, prête à éclater d'un instant à l'autre. A éclater, et dévaster l'illusion tant aimé.

Pourtant, ce petit être n'est responsable de rien. Mollement, je m'éloigne de la fenêtre alors que la voiture sort de mon champ de vision. Il faut que je m'habille, et m'occupe de la maison avant d'aller au travail. Je m'y attelle donc, comme le fantôme que je suis. Chaque jour, la même routine. Chaque jour, si bien que je pourrais me penser médium de ce futur toujours répété. Cette boucle infinie, enchevêtrée autour de nos corps, nous retient inlassablement. Et à chaque fois que nous nous effleurons, nous constatons que le ruban autrefois si doux est à présent jonché de ronces. Je vais trouver un moyen, mon amour. Maman construira un monde pour toi, s'il le faut.

Et la force me revient, à la simple idée qu'il existe. Ce péché, je l'aime à en mourir, à en perdre l'esprit. Et je le protégerai contre vents et marées. Avec un peu d'hésitation à nouveau, je caresse la surface si imperceptiblement arrondie. Je le ressens, comme quelque chose d'évident. Je sais ce que tu es.

« Tu es une petite fille, n'est-ce pas ? C'est ce que tu veux me dire ? »

L'idée que cette petite masse de cellules m'entende adoucit la torture. J'ai quelqu'un à qui parler. Quelqu'un m'écoute, s'accoutume au son de ma voix. Quelqu'un m'écoute. Une fois le ménage fait, je ne tarde pas à m'habiller pour aller au travail. En franchissant le pas de la porte d'entrée, ma tête se tourne par habitude vers la direction qu'à prit la voiture. Une part de moi espère la voir paraître à nouveau. Pourtant, ce n'est jamais la bonne voiture qui tourne à l'angle pour passer dans la rue. Je retourne la tête dans la direction, opposée, que je dois prendre. A ce soir, chéri., roule dans mes pensées aux bords flous.

La journée défile comme un livre d'images. Jamais une toile plus claire ou sombre que les autres, comme si tout suivait un ordre bien précis. A nouveau, la personnage âgée dont je m'occupe me félicite pour le "joyeux événement", et je souris. Encore une journée à jeter les yeux sans cesse sur les miroirs, à espérer que notre malheur ne transparaisse jamais. Le rouge, sous le rose, a perdu en intensité, mais ma joue semble s'égosiller qu'ils peuvent voir. Qu'un jour, quelqu'un s'en rendra compte. Pourtant, ça ne regarde que nous. En refermant la porte derrière moi, après avoir lancé un « Au revoir ! » faussement énergique à la vieille dame, je me dis encore que personne ne doit savoir. Comme une fleur toujours close à l'été approchant, je me rassure en me disant que les rayons de l'astre diurne nous donneront la force de fleurir à nouveau, tôt ou tard.

Mes pieds avancent d'eux-même, sur ce chemin que je prends chaque soir. Un automatisme. Le regard posé sur mon téléphone portable, je relis les quelques messages échangés avec monsieur Ishii. La mélancolie fait légèrement tomber le rideau de mes paupières sur mes perles bleues. Les fais attention sur la route et les je t'aime ne sont que tout en haut des conversations. A chaque fois que mon téléphone décide de se mettre en veille, je dois remonter ce flot de banalités pour revenir à la douceur qui, je le sais, finira par disparaître. L'historique blanchira, et il ne restera plus que ces éléments épars, comme des choses à rajouter à notre liste de courses mensuelles. Et je m'illusionne encore, paramétrant le petit appareil pour que les messages restent un peu plus longtemps. Ne disparaissez pas. Je veux me souvenir.

Et c'est le sursaut. Un grand sursaut, comme un troupeau de battements de cœur manqués. Des bras m'enveloppent. L'odeur de l'alcool agresse mes narines, alors que je tourne brusquement la tête. Et la peur revient à l'assaut, faisant frapper mon sang à mes tempes jusqu'à la migraine. Mes bras tentent de repousser l'inconnu qui m'étreint. Pourtant, cette même étreinte n'a rien d'offensive. Et je m'immobilise alors que la voix me parvient. De belles notes, une étrangeté à m'en faire frissonner d'effroi. Ce cocktail de sensations singulières, pourtant, résulte déjà sur l'adrénaline de la sécurité.

« S’il vous plaît, restez ainsi. J’ai juste besoin d’une présence, d’un réconfort. J’ai besoin d’amour, d’être aimé. »

Être aimé. Mes yeux s'arrondissent, pourtant déjà moins en amande que ceux de la populace asiatique. Les deux perles se dévoilent, traversées par un éclat à l'allure désespérément tendre. Le flash d'une lampe de poche dans une forêt à l'allure de prison boisée. Je dois répondre à ces mots. Pourtant j'ignore comment. Mon téléphone toujours dans la main, je l'y serre, pressant la coque blanche contre ma paume moite. Mes doigts, petits et fins, s'écrasent contre la matière que l'on souhaite résistante, alors que j'avale ma salive. Le liquide se plaque aux parois de ma gorge, lourd comme s'il portait avec lui cette peur que les choses tournent au vinaigre. Et, par instinct, les paroles accompagnent les pensées. Mes mains, même celle close, viennent se poser contre le dos de l'étranger, dessinant très vaguement la forme de ses omoplates cachées sous le tissu. Et je caresse, longuement, prenant le temps de la longueur du Nil. Les notes de ma voix à l'accent français, douces, s'enivrent pour leur part de la liqueur de la compassion.

« Là, là... Tout va bien. »

Ivre. L'homme aux cheveux mi-longs est parfaitement ivre. Plus grand, plus épais, sa carrure est impressionnante. Un grand japonais, c'est une denrée rare. Mais ce n'est mi le premier ni le deuxième détail qui me surprend le plus. La couleur de ses cheveux, dans la lumière du jour descendant, danse dans une palette de couleurs. Vermillon. Non, ils sont plutôt... Auburn. La sur-luminosité trompe mes yeux. Une jolie couleur, qui s'associe à son teint légèrement hâlé, encore moins commun. Sans plus perdre de secondes à l'observer, le détailler avec gentillesse, je perds les yeux çà et là pour m'assurer que le peu que je puisse voir n'est pas blessé. Avec les gangs, même dans ces rues gardés par les citoyens exaspérés, indignés par la violence, le risque n'est pas nul. A premier abord, il ne semble pas souffrir, si ce n'est de l'étourderie d'un homme saoul. Je le repousse, gentiment, après une poignée de secondes. De longues secondes, comme si mon sablier d'habitude déjà si lent, avait prit encore d'avantage son temps pour appuyer l'atypie de la situation. L'une de mes mains restent dans son dos, pendant que l'autre s'affaire à remettre mon téléphone dans mon sac à main. Je préfère avoir les deux mains disponibles, s'il faut qu'il trébuche par accident.

« Venez. Allons nous asseoir. Il y a un banc, là-bas. »

Je l'y emmène, démarrant d'un pas lent la marche vers le banc. Proche, mais il me paraît loin, certainement à cause de la peur que l'homme s'effondre. En arrivant enfin à hauteur du support, j'accompagne l'homme ivre pour qu'il s'y pose, et m'y installe enfin à mon tour. Par instinct, l'une de mes mains vient se poser sur mon ventre, plutôt que sur mon cœur pourtant palpitant. Et le sourire renaît de ses cendres. Aimer, à m'en noyer dans le flot. Des larmes, c'est le miel de la gentillesse qui suinte de mes pores, alors que je tourne la tête vers l'inconnu. Aimer, c'est la raison pour laquelle je vis.

« Comment vous sentez-vous ? »

Un nouveau sursaut, plus petit, plus discret. Et, reportant le regard sur mon sac à main, j'y engloutit l'une d'elle. Une bouteille d'eau. Une fois le récipient récupéré, je le tends vers l'homme adulte dans un nouveau sourire. A force de boire, il risque de souffrir d'une migraine plus terrible encore que celle que la frayeur m'a provoqué. Une migraine disparue aussi vite qu'elle était venue, terrassée par ma maîtrise de moi-même. Je connais ce genre de situation, d'une certaine façon. L'image de mon mari fait à nouveau son chemin dans le miasme de mes pensées écrasées les unes contre les autres. Combien de fois lui ai-je tendu un verre d'eau, en lui demandant de le boire puis d'aller se reposer, alors qu'il revenait tard et ivre du travail ? Il tentait de noyer notre peine. Son chagrin. Je chasse son visage, le rentrant dans la case qui est la sienne et dans laquelle je sais que je peux l'aimer encore.

« Tenez. Buvez. Ce n'est que de l'eau, mais l'alcool a du vous déshydrater. Vous devriez boire un peu, ou vous allez avoir mal à la tête. »
notes ; Et voilà la réponse ! ~

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Quand La Mort Croise La ColombeUn Prince Peu Charmant
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Malgré ton état, tu arrives à sentir chaque mouvement de ton corps, la sensation du tissus sur ton corps, chaque muscle, plis de ce qui te permet de marcher en ce bas monde. Comme si tes mains étaient devenues les choses les plus sensibles du monde, que chaque parcelle de peau de ton corps arrivait à capter la chaleur du corps que tu tenais contre toi, celui d’une personne normale, d’un être bel et bien vivant, comme toi. Pourtant à cet être vivant, tu venais lui donner une partie de ton fardeau, venant laisser les déboires de l’ivrogne que tu as l’entraver.

Fort, heureusement pour elle, tu tiens encore parfaitement sur tes deux jambes, c’est bien la seule chose chez toi qui reste solide pour le moment. Si tu n’avais pas tes lèvres pour laisser passer ce que pense ton esprit, tu serais un mur indestructible, un être pouvant faire face à n’importe quelle tempête, affrontant le monde sans peur, ni reproche.

Mais comme tu l’avais évoqué, les héros n’existent point en ce bas monde, tu ne peux être un héros, tu es un simple humain, se battant pour sa survie, pour ne pas rentrer dans une routine, essayant d’échapper aux malheurs. Pourtant, tu t’es fait rattraper par ce dernier, il te rappelle à l’ordre, venant plaquer contre ta gorge sa main froide, te montrant la place de l’homme, d’un grain de sable dans l’écoulement du sablier. Tu ne visais pas haut pourtant, tu cherchais simplement le bonheur, un moyen de le garder, tu l’avais, tu étais heureux.

Pourtant, qu’est-ce que le bonheur, si on ne peut le perdre, il n’y a plus de raison de se battre pour cela, si on possède déjà tout par acquis. Cette leçon sonne dans ton esprit, faisant écho encore et encore avec l’ensemble de ta vie. Tu avais été gourmand, voulant goûter tous les délices de la vie, cherchant toujours à être du bon côté. Tu pensais que les risques encourus par ta vie dans un gang étaient le prix à payer pour accéder à ton bonheur.

Il semblerait que cela ne soit pas pour plaire au monde, à une force supérieur ou tu ne sais quoi encore, peut-être que tu devrais trouver ton bonheur comme les autres, dans une vie normale et réguler par une société. Tu reprends un peu tes esprits lorsque tu arrives à cette conclusion, qu’est ce qui avait bien pu te sortir de cette torpeur. C’était la jeune femme, tu n’avais pas pris le temps de la regarder en détail, l’alcool ayant bien des effets sur ton organisme, mais tu semblais reprendre pied, du moins, la lucidité était de retour en toi, ajoutant un poids à ton chagrin, celui de la culpabilité d’avoir entraîné cette femme dans ta folie triste.

Ses paroles venaient sonner doucement à tes oreilles, elle ne venait pas te repousser, elle semblait plutôt t’accueillir toi et ton malheur. Il pouvait encore exister des personnes ainsi constituées, empli d’une simple graine de bonté, qui avait poussé et donné l’altruisme à ces personnes. Quoi que non, ce n’est pas le genre de chose possible, tu as une idée bien arrêté sur la bonté de l’humain. Pour toi ce n’est qu’une forme d’égoïsme, cependant, tu apprécies cette chose de la demoiselle.

Son accent est comme mélodieux à tes oreilles, un son beau, étranger, apaisant, un contact humain, une main tendue. Tu n’avais pas attendu que l’on vienne t’en tendre une, tu l’avais fait de force, pour que l’on vienne te sortir de là sous la contrainte. Du remords venait naître en toi, tout allait vite malgré ton esprit encore limité par l’alcool. Ta volonté nouvelle semblait venir t’aider à sortir des flots déchaînés de cette soirée bien calme et au temps clair.

Tu sens alors que l’on vient te rendre une partie de ton poids, de ton fardeau, comme si tu allais devoir reprendre la route avec. Ce n’était pas une mauvaise idée, tu devais le porter toi-même vivre avec, ne pas le laisser à une inconnue. Tu pensais ainsi, mais encore une fois, tu fus stoppé, tu sentais encore sa main dans ton dos, elle ne comptait pas t’abandonner. Un léger spam sur ton visage venait naître, une chose qui n’avait pas encore eu le temps de naître aujourd’hui, un sourire, léger, presque imperceptible, mais tu le savais que tu étais entrain de sourire, sa sollicitude était réconfortante pour toi.

Ton corps bougeait, venant réagir aux paroles de la jeune femme au ton exotique, tu n'opposais pas de résistance. Ce n’était parce que tu ne pouvais pas, tu ne voulais pas, tu allais serrer cette main tendue, ton esprit était en pleine confusion au final. Lucidité ne voulait donc point dire que tu étais sorti d’affaire, le présent était clair, l’avenir encore incertain pour toi. Tu devais porter tes peines seul pourtant, tu ne voulais pas être seul, la contradiction de l’humanité.

Ta raison voulait épargner les autres, mais ton cœur ne voulait pas ressentir encore le poids de la solitude, la chute d’un homme entraîne toujours les autres avec lui. Tu n’étais pas un homme important, mais il suffit d’un grain de sable pour faire varier l’eau, onduler sa surface. Il en serait de même si tu venais à disparaître, les autres en seraient affectées en bien ou en mal. Il fallait prendre l’exemple de la femme qui avait disparu de ta vie, celle qui t’avait rendu ainsi aussi rapidement.

Ton corps se posait lentement sur l’instrument qui allait te supporter, si tu flanchais maintenant, il serait trop tard pour réussir à remonter. Tu devais à présent rester sur tes gardes, faire en sorte de tenir encore le cap, jusqu’à bientôt rentrer chez toi et t’écrouler sur ton lit, tel un bateau rentrant enfin au port après un si long périple.

Tu sentais alors un frisson naître dans ton corps, prenant racine dans ta nuque et venant étendre ses racines dans chaque recoin de ton corps. Les paroles de la demoiselle viennent de provoquer cela chez toi, tu as envie de pleurer, pas de chagrin, mais de honte, tu te sens pitoyable d’infliger un spectacle aux autres et surtout d’être ainsi, toi qui fais toujours le fort. Peut-être que cette jeune femme avait été la goutte d’eau suffisante à éroder la forteresse que tu étais et t’écrouler.

Il ne te restait qu’un choix, c’était de te reconstruire, mais Rome n’est pas née en une journée, il faudrait du temps et tu le prendrais. Peut-être que du chagrin peut naître un plus grand bonheur, tu ne le saurais qu’avec le temps. Tu venais croire qu’il était fou de penser autant en quelques minutes et venir ainsi résonner sur la demoiselle. Peut-être que ta rencontrer avec la jeune femme inconnue avait provoqué cela ou la situation pouvait-elle être dissocié ?

Tu ne savais et tu ne voulais pas pousser la réflexion plus loin, tu t’étais fait assez de mal pour aujourd’hui, profites plutôt de la gentillesse de la jeune femme. Tu voyais alors cette main tendu d’un présent pour toi, pour aider l’âme en peine que tu étais sur le moment. Tu t’osais enfin à relever le regard et venir regarder la demoiselle qui te faisait face, tu profitais des derniers éclats de l’astre solaire pour observer un peu mieux la jeune femme.

Tu voyais qu’elle avait de l’âge, ce n’était pas une critique pour toi, tu pouvais surtout te dire qu’elle n’était pas une personne encore innocente et qui n’avait rien connu, sans pour autant être accablé par le poids des années. Elle était dans la fleur de l’âge pour toi, tu ne pouvais réfuter sa beauté, elle était frappante, mais pourtant entacher. Tu remarquais certaines fausses notes dans son visage, tu connaissais la vue d’un visage abîmé et surtout de comment essayer de le cacher, c’était courant de voir cela sous les quartiers appartenant aux gangs.

Te voilà parti de nouveau dans d’étrange formulation de ton esprit, laissant libre court à tes pensées, sa présence n’était pas grisante, mais plutôt apaisante. Elle avait ce genre d’aura, l’allure d’une sainte, mais encore une fois, les légendes ne montrent que la beauté et jamais ce que peut réellement subir la pureté à notre époque.

Ta main venait se joindre à la sienne, la bouteille tendue n’était qu’un prétexte pour sentir encore sa peau contre la tienne, est-ce l’alcool qui venait parler ou l’homme qui avait besoin de réconfort dans ce monde sombre qui t’entourait. Tu brisais alors de toi-même ce léger contact, prenant lentement l’eau qu’elle te donnait avec plaisir. Tu laissais tes lèvres s’ouvrir, mais non pour recevoir le doux liquide.

“Je vous remercie pour votre gentillesse, malgré mon approche des plus pathétique. Je vous montre une image bien misérable de moi, je dois bien l’avouer et j’en ai honte à présent.”

Tu portais enfin la bouteille à tes lèvres, ne laissant résonner que le bruit de l’ouverture. L’eau coulait entre tes lèvres, venant glisser dans ta gorge et t’apporter un sentiment agréable, tu aurais peut-être dû noyer ton chagrin dans de l’eau, mais l’effet aurait-il été le même ? Tu n’en savais rien, tu ne connaissais rien dans le fond, tu faisais l’intelligent, mais tu étais aussi idiot que les autres. Tu terminais de boire une partie de la bouteille sans pour autant consommer la totalité du liquide.

“Je peux me penser chanceux d’être tombé sur vous, je ne pense pas qu’une autre personne aurait réagi comme vous, j’aurais pu passer un sale quart d’heure qui sait. Vous êtes peut-être mon ange gardien haha.”

Quelques paroles d’ivrogne mélangées à ces remerciements, tu allais avoir du mal à te séparer de ce poison nommé éthanol, cette substance qui coulait encore dans tes veines. Tu cédais finalement, laissant ton corps couler sur le banc, perdant un peu de tes forces, tu voulais vider ton sac envers la jeune femme, mais tu ne pouvais lui jeter ainsi, au visage ton fardeau, tu devrais porter aussi une partie du sien, lui donner autant qu’elle te donnerait au cours de cet échange.

“Je vais peut-être profiter de votre gentillesse, mais puis-je vous demander de me raccompagner chez moi ? J’ai peur d’avoir du mal à rentrer comme il faut dans mon état. Je pense que de la compagnie et une oreille attentive me ferait du bien.”

Dans un effort presque titanesque pour une épave comme toi, tu prenais appuie sur le rebord du banc, levant ton corps, cette masse de muscle, d’os et d’autre élément minimes. Tu te tenais alors debout, venant prendre la posture la plus droite que tu pouvais, restant immobile pour le moment. Ta main venait tendre le cadeau de la jeune femme, comme pour lui rendre sa bonté.

“Je ne vois peut-être pas très bien à cause de l’alcool qui circule encore en moi, mais je pense ne pas être la seule personne ayant besoin d’une oreille attentive. Ne le prenez pas mal, mais on vous a frappé récemment non ? C’est l’impression que j’ai en voyant votre visage.”

Ton corps tournait un peu plus, comme pour faire face maintenant à ta sauveuse éphémère du moment, celle qui viendrait t’accompagner ou non dans le périple qui va suivre.

“J’ai oublié de me présenter, je m’appelle Shi… Non, oubliez cela, c’est mon surnom ça. Je me nomme Inoshi Kyoshi et vous ?”
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