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tonight — to late ? { CHIHARU }

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FT : Hanmi / Unstoppable Siblings
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Courir après des cons ; incidence
play me.

Il est 23h quand tu descends les marches de béton (de crasse)
tes talons sont silence sur le sol vibratoire
signe d’une soirée qui s’annonce
au fil des néons qui filent sur ta peau
des motifs kaléidoscopiques

Vendredi. Rinne est sortie ; elle ne devrait pas. Elle devrait être au kombini, prendre son service en laissant son collègue filer vers les affres de la nuit — ou simplement rentrer chez lui. Mais quelque chose a tiqué sur son écran bien éclairé. Une soirée, dans les profondeurs de Shinjuku (- pas loin des Yakuzas et des malotrus -). Un DJ, beaucoup de cam, et quelques arrières salles (pour faire des choses sales). En fait, ce lieu est l’excellence en matière de plateforme tournante de la drogue. Perdu dans le fatras habituel de ces rues de traverses, à cheval entre les réseaux de prostitutions chaperonnés par Alcatraz et quelques magouilles d’Omega dans l'esprit de leur collaboration. 



Rinne ne s’est jamais trop dévoilée au cœur de son gang ; auquel elle appartient par défaut, ou plus encore, par obligation — pour réparer ses erreurs, comme dirait une voix familière contre le lobe de son oreille. Sa tâche est simple (d'apparence), et elle l'exécute avec un détachement adéquat (ou ressemblance) : elle ne mêle pas d'opinion politique au business. La récente coalition Alcatraz - Omega ; elle n’en pense rien. Elle se contente de regarder ces fourmilières à salauds, avec l’envie démangeante d’y foutre un coup de pied. Mais Rinne tiens ; Rinne a été élevée aux seaux d’eau et coups de poings : elle ferme sa gueule et gagne la paix de son lendemain.

De ce que son calculateur informatique lui a appris ; quelque chose va se passer ici ce soir, à couvert des BPMs. Quelque chose qui semble court-circuiter l’emploi du temps des semaines passées. Les chiffres ne sont pas les bons ; l’horaire et la nature des biens mis en vente interloquants, le lieu alertant. En fait, pour ainsi dire, il n’est pas dans leur habitude de vendre des organes au cœur des boites de nuit ; d'autant plus quand il ne s'agit pas de leur propre territoire. Or, à deux heures et demi du matin, c’est un cœur et deux poumons qui seront acheminés par la porte de service, avec à la clé une dizaine de millions de yens, prétendument à l'encontre d'Omega. Mais ça, Rinne ne le sait pas parce que les données correspondantes lui ont été transmises comme le protocole l’exige. Rinne le sait parce qu'un de ses mouchards secondaires, un algorithme de traçage et d’analyse textuelle et oral développé au prix de nombreuses heures de sommeil, l’a avertit d'un manque dans ses tableaux soigneusement tenus à jour ; après avoir identifié un utilisateur enregistré comme membre du gang dans la base de donnée. Or, l'irrégularité lorsqu'elle dialogue avec les mathématiques, hérissent son poil au plus au point. Et au delà de ça ; il ne vaudrait mieux pas que filtre l'idée qu'Omega grapille sans vergogne le territoire de ses nouveaux copains. En fait, plus Rinne y pense, plus l'histoire lui semble bourrée d'incohérence.

C'est vêtue d'un débardeur noir, d'une veste en cuir et d'une jupe moulante en velour que la gérante s'engouffre dans la boite. Sur sa tête, une casquette et une perruque d'un roux délavé masquent son front habituellement découvert d'une frange inclinée. Ses yeux sont sertis de lentilles d'un brun plus clair qu'à l'accoutumé. Compte tenu de sa position au sein d'Omega, bien que ses apparitions soient rares -récolter par le web, c'est très bien, quand on sait s'y prendre avec les protocoles de sécurité -, inutile de prendre le risque d'être reconnue. Quelqu'un doit bien avoir quelque chose à se reprocher dans toute cette histoire ? Elle range précautionneusement son smartphone dans la poche intérieur de son veston. L'identité de l'user identifié pose problème : il existe bien, mais aucune information ultérieure à la semaine passée n'apparaissent, impossible donc de se renseigner sur son faciès.

Inutile pour le moment de faire état de tout ce fratras. La foule est assez oppressante et gluante pour ne pas être assumée sobre. Rinne se dirige vers le bar après avoir inspiré longuement. Quêter un mojito sur quelques airs d'electro.


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Depuis qu'il avait rejoint Alcatraz, Sugimoto ne craignait plus du tout de se balader à Shinjuku la nuit. Certes, son appartenance au gang n'était pas tout à fait claire ; il cultivait volontiers l'ambiguïté. Mais il pouvait lire dans les regards de certaines personnes l'essence du doute qui troublait leurs rétines ; elles n'osaient plus l'approcher comme elles l'aurait fait autrefois, car désormais, elles n'étaient plus sûres de ne pas y perdre la vie. Sugimoto avait appris quelque chose, au cours de ses années d'exercice : il n'y avait que les personnes intelligentes qui saisissaient vraiment le sens d'une existence brisée. Les simples ne croyaient pas vraiment en l'avenir : ils le pensaient si immuable qu'ils n'en comprenaient pas le sens. Mais le futur, savait Sugimoto, était un ensemble de possibilités que l'on préparait dès l'instant présent. Il avait le pouvoir de détruire des vies, pas de les ôter. Et pour beaucoup de gens, cela suffisait à faire la différence.

En outre, Sugimoto trouvait ses interactions bien plus simples. Il avait toujours joué au charisme : il intriguait par ses attitudes impeccables et ses cheveux mal coiffés ; il parlait avec un calme sépulcral mais s'agitait quand on le prenait pour un idiot ; il semblait parfois simplement ailleurs, et pourtant il analysait la situation avec tant de détails qu'on comprenait qu'il avait toujours suivi ce qui se passait autour de lui. Mais désormais, tout était encore plus simple. Il n'en était pas fier ; il ne déplorait pas non plus la perte relative des occasions de démontrer ses occasions. Car dans le fond, Sugimoto savait qu'on ne le prendrait toujours pas au sérieux s'il ne l'avait pas mérité.

Alors il n'avait pu résister à la tentation de s'enfoncer dans la nuit, de confronter sa personne à ces rayons de lumière qui déchiraient l'obscurité, aux constantes dérives de son qui lui effleuraient les tympans ; et le voilà qui entrait dans une boîte qui comme lui jouissait des élans de doutes qui l'enveloppaient (appartenait-elle à un gang, comme c'était le cas de nombreux établissements de Shinjuku ?), dans une tenue décontractée qui ne lui ressemblait guère, une grosse chaîne de métal enroulée autour de son poignet. Les cernes qui se creusaient sous ses yeux rencontraient d'autres cernes, d'autres regards fatigués ; il se sentit tout de suite dans son élément. Il parvint à se faufiler jusqu'au bar ; il y avait une place disponible à côté d'une jeune femme, et cela lui parut le meilleur choix. Il la gratifia d'un salut poli, avant de détourner son attention ; il était trop traditionnel pour se défaire de l'idée sévèrement ancrée que l'on n'abordait pas les inconnus dans les lieux publics. Elle ne lui disait rien, de toute façon ; il ne pensait pas qu'il la connaissait, qu'il lui avait déjà parlée. Comment aurait-il pu le savoir ? Elle protégeait bien mieux son identité que lui.
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some mistakes.

        23h30 — 3h avant l’impact.

Parfois les raies de lumières argentées lui aveuglent les yeux. Alors Rinne les plisse, essaye d’y voir un peu mieux. Elle s’impatiente tandis que la foule augmente ; que le son s’étends. Un mojito, c’est pourtant pas si compliqué ? Se grignote le bout des ongles, tapote de son pied sur le sol collant. La promiscuité avec les gens lui donne parfois des hauts le cœur ; mais elle se concentre, essaye de faire bonne figure dans ce rôle qu’elle s’est assignée, dévorée par la curiosité. Les serveurs s’activent derrière le bar surmonté d’une plaque de marbre gris. Les nervures hypnotisent quelques instants l’Omega ; qui s’y égare volontairement.

Puis une présence, d’autant plus proche que les autres qu’elle semble dirigée vers elle — vous savez, ces regards qui vous glissent dessus, presque solides qu’on pourrait les toucher. Elle tourne sa tête imperceptiblement, son champ de vision coulisse jusqu’à celui d’un garçon. Cheveux épais, cernes abondantes, visage placide. Rinne a pendant une fraction de seconde, l’impression de croiser le reflet qu’elle réfléchie dans la glace de son appartement d’errance. Une sorte de dissociation momentanée.


    « Je vous sert quoi ? »

Son attention est reportée sur la voix rauque du serveur (qui doit bien s’égosiller depuis le début de la soirée). Son sourire s’étire tandis que ses pommettes se réhaussent. Enfin ! La délicatesse de la menthe et la fraicheur des glaçons l’appellent. Pourvu qu’il soit bon (Un mojito raté est sans nom). Elle pianote à présent sur le bar, dévoile subrepticement l’état de fébrilité que lui procure son attente. Patiente jusqu’à l’arrivée de son verre — qui ne tarde pas (surprenant).

L’asiatique s’en saisie énergiquement, boit d’une traite la première moitié, sous l’œil déconcerté du serveur qui a l’habitude de voir ses cocktails s’apprécier (question de prix plus que de gout). Il n’est pas mauvais, sa langue frétille sous les bulles du tonique. Bon. Aller s’égarer sur la piste ? Visiter les lieux ? Glisser entre les corps anonymes ? Rinne se retourne violemment du bar où elle s’accoude, levant la tête comme prête à partir en conquête. Mais l’espace clos est bien plus réduit encore qu’il ne lui semble déjà, et son corps fragile bien plus maladroit ici bas. Son coude vient heurter un verre — celui du garçon ? — elle ne sait pas. Mais ce dernier bascule et roule sur le bar, en déversant son contenu sur le pantalon et les chaussures du jeune homme. Rinne hoquête, laisse échapper un « Aah ! », pose son verre, redresse celui qui à chût mais (chance) est resté sur l’établi. Elle s’accroupie, jauge le pantalon, réalise l’absurdité de sa disposition, se relève, porte sa main à sa bouche, pour cacher sa lèvre qui se fends d’une rangée de dents. Super malaise (super mal à l’aise). 


    « Je… Je suis affreusement désolée ! »
Rinne rougit, mais la pénombre la couvre. Elle qui s’était sentie adulte pendant une seconde, à l’air d’une adolescente en dérive. Elle se tourne vers le bar, paniquée, mais les serveurs occupés roulent d’un bout à l’autre du bar circulaire, sans vraiment remarquer.

    « Je… Je vous offre un verre ! Mais, avant, laissez-moi vous accompagner… aux toilettes ?… »

Quelle bourde. En plus, il n’a pas l’air commode. Rares sont pourtant les situations qui décontenancent Rinne, décomposent son immobilité physique et exposent ses insécurités, appellent sa maladresse à l’expression de mots bancals, de réactions mal dosées. Dans ces cas-là, la dextérité habituelle de l’informaticienne s’évapore dans un nuage de difficultés.

Et l’enfant refait surface, endort pour un temps l’adulte désabusée.


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Sugimoto attendait patiemment que l'on vienne le servir. Il n'était guère présent ; lentement, il s'imprégnait de l'atmosphère. Il trouvait les musiques trop fortes à son goût : elles résonnaient contre ses tympans comme si des derniers étaient des tambours, et il supposait que lorsqu'il allait sortir, il n'entendrait plus que du silence pendant de trop longues minutes. Le bruit constituait une barrière pernicieuse, car invisible ; elle rendait les fêtards plus vulnérables, car ils ne pourraient être avertis d'un quelconque incident. C'était le premier point qui gênait Sugimoto. Le second était constitué de la lumière : la salle était plongée dans une obscurité déchirée par des jets de couleurs, dont le rythme était irrégulier, et qui aurait déclenché une crise d'épilepsie à ceux qui ne supportaient guère ces variations. Ce n'était heureusement pas son cas, mais il supposait que cela pouvait le rendre malade, à la longue. Voilà deux raisons suffisantes qui justifiaient le fait qu'il ne sortait pas beaucoup. Pour le reste, il ne se plaignait pas vraiment : il avait choisi cette atmosphère un peu étouffante, et il ne comptait guère s'en plaindre.

Sa concentration est brisée par le contact glacé d'un liquide contre sa tenue. Sa première réaction fut de penser, heureusement, je ne porte pas un de mes costumes, car le prix du pressing lui aurait fortement déplu. Stupidement élevé, dirait-il. Puis il daigna enfin comprendre ce qui venait de se produire : une jeune femme (sa voisine, en fait) avait renversé son verre sur lui. Elle s'était accroupie devant lui, avant de se relever, le visage rouge trahissant sa gêne. Sugimoto la contempla d'un regard glacé. Une maladroite qui allait se répandre en excuses, voilà ce qu'elle représentait à ses yeux. Cela ne manqua pas de se produire. A sa place, Sugimoto aurait été bien plus désolé d'avoir répandu le contenu de son verre sans le boire : voilà un exemple même d'argent jeté par les fenêtres. Mieux encore : elle lui proposait le verre qu'il lui aurait taxé si elle ne l'avait pas proposé d'elle-même. Elle constituait, se dit-il, une cible facile.

Sugimoto se fendit alors d'un sourire, ses traits se détendant de façon visible. Il y eut subitement une vague de chaleur qui tenta son regard ; elle n'était pas tout à fait feinte, car sa satisfaction était réelle. Au lieu de rassurer la jeune femme, il préféra lui dire : « Non, c'est bon, vous n'avez pas besoin de m'accompagner. Dîtes au barman que j'aimerais quelque chose de peu sucré, et qu'il me surprenne. »  Il ne s'intéressait pas tant à ce qu'il allait boire qu'au fait qu'il allait boire quelque chose. Il n'était pas sûr que tous ces jeunes écervelés autour de lui comprenaient bien la chose : leur tendance à choisir en fonction de la teneur en alcool montrait bien qu'ils ne comprenaient rien à la sociabilité. Enfin  ce n'était pas un établissement respectable; il supposait qu'on pouvait sacrifier les convenances.

Il prit la direction des toilettes, mais n'y pénétra pas tout de suite. Il préférait s'assurer que la jeune femme respectait bien sa parole. Elle avait l'air d'être fiable, ce qui constituait un très bon point pour elle. Quiconque aurait tenté de se soustraire à un engagement se serait fait un ennemi de Sugimoto. Et il avait une très bonne mémoire des visages, même par cette luminosité inconfortable.
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some mistakes.

        « Non, c'est bon, vous n'avez pas besoin de m'accompagner. Dîtes au barman que j'aimerais quelque chose de peu sucré, et qu'il me surprenne. »

Ses paroles restent un moment accrochée dans l’esprit de Rinne, qui s’y aggripe comme la rétine à un phare dans la nuit. Pour une raison qu’elle ne s’explique pas, une ombre de déception revêt un court instant son état de panique. Elle effleure du beau des doigts une impression qu’elle ne saisit pas. Ce n’est pas sa voix — elle ne l’a jamais entendue — mais elle jurerait être en présence d’un souvenir. Le jeune homme est déjà loin quand elle réalise qu’il serait peut-être temps d’agir. Sa pause n’a sans doute durée qu’un court instant, mais son cerveau palpite déjà d’un sentiment dérangeant. Déjà vu ? Elle se tourne vers le bar, et rencontre deux yeux mécontents. Après avoir jaugé l’adulescente le regard s’éclaire néanmoins, saisissant immédiatement la détresse et la culpabilité qui peigne son visage d’un camaïeu rougeâtre.

« Je suis vraiment désolée… Je… »

Elle incline la tête en fermant les yeux, incapable sous la lumière de les garder ouvert (peut-être est-ce aussi, un peu, pour s’éloigner du malaise). Il lui adresse un signe de tête compatissant, nettoie son bar sans reproche.

« Qu’est-ce que vous voulez en remplacement ? »

Son air est affable. Rinne se rappelle que les êtres humains ne sont pas tous des monstres. Quelque part, ce constat la rends un peu amère. S’est-elle à ce point habituée à la violence ; et plus encore, au mépris de la vie qui fait l’essence même des trafiques qu’elle chapeaute ? Elle lui sourit doucement, presque par reconnaissance. Pure traverse son esprit immanquablement, comme à chaque fois qu’une bonne surprise réchauffe un peu son cœur. Mais sa nature revient vite au galop, et son visage oval reprends ses angles morts, inertes.

« Quelque chose de peu sucré, qui soit sureprenant. … Ah ! Et… La même chose, en un peu différent. »

L’idée est ridicule, mais elle s’imagine qu’en buvant quelque chose de sa teneur, elle sera peut-être plus apte à saisir ce a retenu son attention chez cet étrange garçon. L’accident à eu un effet positif : celui de focaliser son angoisse sur l’instant présent ; et de lui rappeler d’être maitre de ses mouvements. Sa dureté quotidienne s’est teintée d’une naïveté affable. Mais bon dieu, quelle est cette familiarité insaisissable ? Elle jure ne jamais l’avoir vu. Si peu de rencontres, elle s’en serait souvenue. Si peu de rencontres elle… Son esprit frôle une conclusion à l’instant où la musique repart de plus belle, et emplit la salle de basses bien plus forte. Brouillant les pistes ; Enflammant le dancefloor. Le barman revient dans cette transition brutale avec les deux mixtures, des liquides aux allures dégradées, d’un vert forêt à un blanc citroné. Il lui indique quel verre est l’original, et l’autre l’inspiration — Rinne n’y voit aucune différence. Quant au prix, elle s’en moque (elle a avec elle des biftons du Q.G). /Mais n’est-ce pas mépriser le coût humain pour les accumuler ?/

Tequila n’est pas trop regardante sur la somme que l’informaticienne saisit lorsque le besoin ou l’envie s’en fait sentir ; parce que Rinne dépense habituellement peu, ou alors en hardware — des ressources utiles pour les affaires. Glissant les verres jusqu’à elle, l’Omega offre au serveur un billet supplémentaire en tendant les deux mains, signe d’excuse, de respect. Rester humble. Ce dernier accepte un peu gêné, mais le montant est raisonnable, à la hauteur des dégats causés.

Il est 23h50.
Deux heures et Quarantes minutes avant le spectacle.

Rinne sent dans son dos la même présence qu’auparavant. Elle ne sait pas pourquoi ce garçon lui semble si singulier, quand clairement, rien chez lui ne détonne réellement de la masse informe qui leur tiens compagnie. Elle ne se retourne pas ; à la fois timide et prévenante. Lui laisser de l’air ? Ou s’épargner un énième discours gênant assurant sa culpabilité.


Au fond de sa tête clignote néanmoins
Comme une alarme ancienne, un important témoin
Une fumée âcre guêtte, à peine discernable
Elle dessine les contours de ce vieil ami, le diable.


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Sugimoto était parfaitement conscient que ce qu'il faisait était risqué. En son absence, n'importe qui (elle) pouvait glisser quelque chose dans le verre. C'était, au fond, un pari qu'il osait prendre pour balayer son habituelle prudence : il voulait voir si elle pouvait être fiable. Et s'il y perdait quelque chose (la vie, par exemple), eh bien, tant pis pour lui. Cela ennuierait beaucoup Sugimoto d'avoir des problèmes mais, concrètement, à part les problèmes d'argent, il ne voyait pas ce qui pouvait être vraiment pire. Car oui, les autres soucis, même plus graves, ne le touchaient pas vraiment. Et puisqu'il semblait bien que la jeune femme commandait quelque chose, eh bien il s'engouffra dans les toilettes, où il prit d'assaut un des robinets.

Quelques minutes plus tard, il en ressortit, une grande tache d'eau sur le t-shirt, mais qui se voyait à peine dans la pénombre. Elle se fondait dans la teinte du tissu, et si elle gênait Sugimoto, c'était bien plus en raison de la sensation de froid qui s'étalait sur son ventre. Heureusement, il faisait suffisamment chaud dans la salle, avec la promiscuité et les contacts humains, pour qu'il ne se sentît pas trembler. Il revint s'installer à côté de la jeune femme, lui offrit un nouveau sourire qui n'était pas tout à fait sincère lorsqu'il se plaça à ses côtés ; assis sur son tabouret, il remarqua bien vite qu'il y avait deux verres à peu près identiques. « Oh, qu'est-ce-que c'est ? » : demanda-t-il pour couper court à des tentatives d'excuses qu'il entendait déjà sortir de la bouche de la jeune femme. Il lui avait donné ses instructions, mais il ne sortait pas assez pour savoir tout ce qui se faisait dans cette boîte, et assurément il n'avait jamais commandé un pareil verre. Il le trouvait plutôt joli, avec ses teintes de verts et de blancs ; cela lui évoquait l'eau saumâtre d'un marécage. Un lieu tout à fait charmant, selon ses opinions. Il prit le verre le plus proche de lui du bout des doigts, s'efforçant d'en sentir l'odeur, mais il ne perçut rien, si ce n'est le feu de l'alcool. « Eh bien, ça a l'air prometteur. » : dit-il ; il n'aurait pas voulu sentir un parfum de fruits ou autre chose dans le genre en y posant le nez. Sugimoto ne goûta cependant pas tout de suite : « Quelque chose est différent dans votre verre, non ? » Il y avait dans sa voix une pointe glacée, menaçante ; ses yeux étaient dangereusement amusés. Il se demandait ce qu'elle allait lui répondre ; si elle allait à nouveau être mal à l'aise, alors que dans le fond, il ne faisait que poser une question rhétorique.
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drowning

        De retour ; le torse humide et le regard un peu vide (quelque chose chez ce garçon inspirait le malaise à Rinne).

Il avait repris place sur le tabouret à se gauche en la gratifiant d’un sourire qui n’avait fait ni chaud ni froid à la jeune fille, alors même qu’elle paniquait si facilement face aux moindres expressions de sympathies (lorsqu’elles ne s’inscrivait pas dans le cadre de son travail). Il y a des individus qui semblent aspirer le monde comme les solides aspirent la lumière : on sent quelque chose d’insaisissable qui gronde dans un arrière-fond ; votre cerveau en brusque éveil ne tarit pas d’avertissements (quelque chose t’échappe). De la même façon, l’image que renvoie ce type d’individu semble être en négatif d’une réalité plus trouble ; comme si ce qui était perçu était davantage la contreforme de l’être nous faisant face. Des sensations, préssentiments, impressions, difficiles à définir et à justifier. En soit Rinne s’appliquait juste à retenir que derrière son envie de boire et sa gêne dominante ; elle était ici pour des raisons précises et ne devait pas perdre de vue son objectif.

Prometteur ? Oui. Sans doute. Nombreux aurait été les regards dégoutés à l’encontre du breuvage dont la connotation colorée relevait davantage du film d’horreur que de la promesse d’une ivresse dans de folles nuits d’été ; ou la disparition de toute limite dans les caves injectée de techno et de lumières décalées. On était loin du type d’évaporation généralement recherché dans le milieu de la jetset ; au cœur des entrailles de la nuit. Rinne apprécia ce détail. Elle trouvait la couleur intéressante. Ce clair-obscur fluctuant à mesure que le sirop rejoignait en une masse compact le fond du verre (elle comprit en observant le liquide qu’il s’agissait soit d’une liqueur soit d’un sirop, les lois de la physique ne trompant personne) ; donnait un charmant spectacle. Et lui rappelait inéxorablement la question brulante qui s’était imposée depuis le retour du sibyllin garçon. Qui était-il ? Parce que ses yeux avaient déjà vu pareil visage ; mais que sa voix (comme si souvent) lui était inconnue.

« Oui, puisque vous êtes différent de moi. »

La réponse pouvait être absurde : des tas d’être humain commandaient chaque jour des Mojitos et Sex on the beach plus ou moins identiques ; et aucun d’eux n’était plus similaire que Rinne et Chiharu.

« À la votre. »

Le temps fait peu à peu son œuvre sur l’esprit dérangé de Rinne : sa timidité combat avec sa placidité et son pragmatisme, qui l’invite à discuter tant pour passer les heures que pour éventuellement trouver une occasion de se rendre dans l’une des arrières salles, à proximité du deal. Le liquide qui atteint sa bouche est un mélange citronné , elle y décele du Gin, et peut-être du Jet27, quelques notes plus sibyllines.

« Un endroit bien surprenant pour des saveurs aussi étranges. Vous venez souvent en boite expérimenter vos papilles par d’intriguants cocktails ? »

Une question un peu bête ; mais Rinne se dit que ce n’est pas habituel, de découvrir des saveurs particulières noyé dans la foule endiablée, jetée à corps perdu sur le dancefloor. Les boites sont ce genre d’endroit où l’individu devient la masse ; où les rires s’élèvent, la voix hurle, parce qu’on n’entends plus rien, et tout semble être une melasse de tout et de rien ; les frontières ne disparaissent pas, elles implosent, de force, contre la furie d’une envie d’être ailleurs. Rinne voit les boites comme ça ; comme ces rings à paillette où chacun est venu se battre pour obtenir sa part de rêve. Le temps d’un soir ; être dans l’allée de tous les possibles.

00:05


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Sugimoto bluffait.
Il avait l'habitude ; il aimait dire qu'il était quelqu'un de franc, que l'on pouvait généralement croire, mais comme tout individu mal intentionné, évidemment, il mentait de temps en temps. Très souvent, il se contentait d'émettre des suppositions qu'il jugeait impossibles, en les présentant comme parfaitement plausibles ; il prétendait également détenir des informations qu'il n'avait pas, même si c'était assez rare (très souvent, il avait déjà mis la main sur ce qui l'intéressait) ; il bluffait comme il respirait, avec tant de naturel qu'il en paraissait sincère. Son secret, c'était précisément sa franchise : il croyait toujours un peu à ce qu'il disait. Dans le cas de ce simple verre, qui n'appelait pas à une défiance exagérée, il se montrait effectivement un peu méfiant à l'égard de cette jeune fille. Après tout, il ne pouvait pas être certain qu'elle n'avait rien glissé dans son verre. Elle pouvait être, comme lui, une manipulatrice qui cachait son jeu. Auquel cas elle le cachait mieux que lui. Il était manifeste que Sugimoto s'efforçait de garder la main haute, quelque soit la situation. Et qu'il voulait que cela parut naturel.

Mais l'argument de Rinne était plutôt valable. Elle ne cherchait pas à le nier, et elle avait l'air de ne pas capter la menace qui émanait de son compagnon. Sugimoto se surprit à sourire ; il appréciait ce genre de personnes, et pas uniquement parce qu'on se jouait d'elles assez facilement (pensait-il). En vérité, il y avait aussi un cœur qui battait dans la poitrine de Sugimoto, et qu'il ne refoulait pas entièrement. Il pouvait s'avouer qu'il la trouvait agréable, une jeune femme pétillante avec qui il faisait bon partager un verre. « A la vôtre. » : répondit-il, toute trace de danger éliminée de son attitude. Il goûta au breuvage ; il ne pouvait dire exactement quels alcools étaient utilisés, il ne s'y connaissait pas également, mais l'amertume éclata sur sa langue, soulignant de délicates notes d'agrumes. Cela n'était pas du tout sucré, et cela lui plut immédiatement. « Le barman est doué. » : reconnut-il en reposant son verre ; il tenait à le savourer, à ne pas l'avaler trop rapidement, car il aurait été dommage. Sugimoto aimait les gens qui avaient du talent ; même si celui-ci s'exerçait dans un domaine auquel il n'était pas coutumier, l'homme aimait à le louer. Il pensait souvent que l'humanité serait meilleure si tout le monde était doué pour quelque chose, et s'y tenait. La vie serait probablement moins amusante, mais du moins n'aurait-il pas de dette à éponger.
(Il se demande, alors, quelle genre de vie il aurait mené.)

La jeune femme semblait vouloir faire la conversation, et Sugimoto y était tout à fait enclin. Il aimait bien se détendre par un livre ou des loisirs calmes, habituellement, mais ne dénigrait pas les plaisirs de la boisson lorsque ceux-ci s'offraient à eux. « Non, pas vraiment, je suis surchargé par le travail. Mais je retiens cette adresse, il est rare que l'on trouve quelqu'un qui sache faire des cocktails. Généralement, les gens aiment se bourrer à l'alcool fort, mais je trouve ça triste de taper directement à la bouteille. » Il parlait sans doute un peu trop, en apparence ; en réalité il maîtrisait parfaitement ce qu'il disait, ne laissant filtrer que les informations qu'il désirait. Elle aurait vite découvert qu'il était un homme d'affaires, et généralement on le trouvait trop coincé ; il ne voyait donc pas l'intérêt de cacher ce qu'il était. « Et vous ? Une habituée des boîtes, ou une aventurière en quête de nouvelles rencontres ? » Sugimoto forçait un peu le trait ; il se doutait bien qu'elle ne l'aurait jamais abordé sans cet accident, mais il voulait savoir comment elle allait réagir s'il insinuait qu'elle était un pilier de comptoir. Il avait mille façons de cerner la personnalité à laquelle il avait affaire ; il avait déjà déterminé qu'elle était réservée, peut-être timide, mais il se pouvait bien qu'elle se servît de l'alcool pour se désinhiber.  Après tout, une telle attitude pouvait tout autant lui être imputée.
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Il est rare que sa mémoire lui fasse défaut ; que les oublis durent. Si quelque chose résonne chez Rinne, elle remonte le fil de ses souvenirs, épluche sa bibliothèque mentale. Tout ce qui est visuel à une permanence, sa marque indélébile sur l’envers de sa rétine (sa paupière intérieur). Mais ton identité demeure pour elle un mystère, tandis qu’elle te toise en silence, l’air plus détendu à présent. Elle s’attends peut-être à un rejet, à du silence : votre premier échange a été malheureux, ta disparition rapide jusqu’aux toilettes. Ce qu’elle a vu de toi est un jeune homme au visage fatigué et aux mots simples, directs ; aux accents vraisemblables. Une franchise qui prônerait l’honnêteté, si elle ne sentait pas sur toi, en toi, une sorte de double couche, un dédoublement étrange, comme deux calques superposés l’un à l’autre et qui oscillent tandis que les paroles s’échangent. Mais c’est avec naturel que tu réponds à son souhait ; tends ton verre et goûte à l’astucieux mélange.

La cacophonie environnante semble s’éloigner tandis que ses sens s’accentuent en direction du garçon. Sa concentration se focalise, essaye d’évacuer les signaux externes. Elle a encore du temps, et la montre à son poignet lui assure de ne pas trop rater le coche. À cette pensée, Rinne se remémore de ne pas trop s’attarder sur les détails qui comptent : si le jeune homme ne semble pour l’instant relié d’aucune façon avec les affaires, on est jamais trop prudent. Lui aussi bois consciencieusement le verre. Quelque part, ce décalage amuse Rinne. Prendre son temps au milieu de l’effervescence. Elle acquiesce quand il complimente le barman. L’informaticienne se dit qu’il est bien de savoir reconnaitre les qualités quand elles sont présentes. Elle-même considère la majorité des gens par le filtre de leurs compétences. Rinne, fière et orgueilleuse, douée pour s’enfermer dans le déni et ignorer ce qui lui déplait de la réalité, n’ignore cependant Jamais les capacités d’autrui. C’est par le talent, inné ou acquis, que Rinne jauge son estime d’autrui ; et qu’elle retiens leur existence.

Ainsi travail-il. Et beaucoup. Ses cernes, en voilà l’origine. Il a raison ; l’art des cocktails est exigeant, rare, précieux. Beaucoup de gens se vantent de savoir mixer les liquides, mais peu savent vraiment ce que signifie une mixture fine. Selon Rinne, l’art de la dégustation d’alcool a bien plus de noblesse encore, et de difficulté, que celle qui concerne la nourriture. Sans doute parce que nous buvons plus rarement des cocktails que nous ne mangeons de la nourriture. La saveur particulière de l’ethanol, qui donne sa base à tout parfum alcoolisé, est moins familier, plus étrange à notre palet. « mais je trouve ça triste de taper directement à la bouteille. ». Rinne est partagée. Elle acquiesce cependant d’un signe de tête, et un fin sourire s’étends discrètement. Oui. C’est dommage. Rinne adore le whisky, le scotch plus particulièrement, et elle s’imagine certains énergumène vider des tords boyaux dans le seul but de s’offrir un peu de répit.

Mais d’un autre coté ; si Rinne n’était pas ici pour une affaire de triste business, elle l’aurait été pile poil dans la recherche inconsidérée de l’ivresse.

« Une aventurière en quête de nouvelles boissons. »

Rinne le dit un peu amusée, son regard s’est directement ajusté vers celui de son interlocuteur. Il pourra très facilement juger de la véracité de ses propos : le cocktail que ses habits ont reçu était un simple mojito.

« Vous travaillez le samedi ? Enfin, ce genre de question peut avoir le don de déranger. »

Parce que ça vous rappelle à la réalité.

« Mais vous avez l’air d’avoir les pieds sur terre. »

Elle dit ça justement ; parce qu’il lui parait que ce garçon n’est pas là pour s’oublier. Quelque part, ce genre d’individu a sans doute plus de capacité à discuter d’un boulot ou de tâches contraignantes quelqu’en soit le contexte : À prendre du recul. Puis elle se dit que s’il ne veut pas en parler, il ne le fera pas.
Rinne boit une nouvelle gorgée, petite lampée, qu’elle s’amuse à laisser naviguer sur le bout de sa langue, pétillante sensation de l’acidité qui éclate avant de s’évanouir.

00:15


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Une aventurière réservée, alors. Sugimoto étouffa l'embryon d'un sourire lorsque l'idée effleura son esprit : c'était un de ces stéréotypes que l'on ne voyait pas si souvent en fiction, à part lorsqu'on le combinait à un autre archétype. Sugimoto aimait beaucoup, à l'occasion, enfermer des gens dans des cases. Ce classement n'avait rien d'absolu, mais il était commode, car il était beaucoup plus facile de résumer la vie d'une personne en une seule ligne lorsqu'on lui collait plusieurs étiquettes. Bien sûr, il était encore trop tôt pour que la jeune femme occupât un bout de son carnet ; mais il en était au tout premier stade, celui où il s'efforçait de défricher la personnalité de son interlocuteur, et par conséquent d'en déduire ce qu'il pouvait en faire. Il ne s'excluait guère du système : lui aussi était assorti de son lot de labels dont il savait qu'il n'était pas parfait, et ne parvenait pas à couvrir l'essentiel de son être. Mais aucune de ces dénominations n'était fausse. Ainsi, dire qu'il était terre à terre n'était nullement une offense, et cela s'avérait exact. Dans les faits, il y avait des nuances. Des moments où Sugimoto, précisément perdait pied - et l'alcool pouvait aider.

« Qui ne travaille pas le samedi ? » : répond-t-il, franchement surpris par une telle question. D'un côté, ce genre de remarque était plutôt instructif : cela lui indiquait que la jeune femme n'était pas dans le système. Sans doute n'était-elle pas salariée. Une étudiante ? elle n'en avait pas l'allure non plus : il penchait bien plus sur quelqu'un d'un peu déconnecté des réalités économiques de ce pays. Il en prit soigneusement note, mais ne s'enfonça pas davantage dans cette voie. « Vous croyez ? » : demanda-t-il en jouant la surprise, écarquillant les yeux et laissant la bouche entrouverte lorsqu'il finit de parler. Il en déduisit qu'elle pouvait également être observatrice, ce qui la rendait d'autant plus mystérieuse . Elle n'avait cela dit pas conscience que Sugimoto la regardait en cet instant en essayant d'évaluer son degré de dangerosité. Sans doute négligeable le temps d'une soirée, il comprenait qu'il avait tout intérêt à mieux tenir encore sa langue qu'il ne le faisait d'habitude, et à jouer un peu la comédie. «
Peut-être que oui,
finit-il par avouer en riant, mais c'est quelque chose d'assez fatiguant. C'est peut-être pour ça que j'aime sortir dès que je le peux. Histoire de boire, et d'oublier. » Le mensonge était asséné avec tant de conviction qu'il en était lui-même convaincu. Pour le détecter, il aurait fallu analyser les réactions de son visage, mais la luminosité du lieu ne le permettait pas vraiment. « Sinon, qu'est-ce que vous avez demandé au barman ? Comment ça s'appelle, ce cocktail ? J'aime bien. » Il y avait peu de chances qu'il demandât un jour à être resservi, mais il lui semblait qu'il aurait été bizarre, s'il ne l'avait pas fait.
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drowning

        00:25


« Qui ne travaille pas le samedi ? »

Merde. Il n’a pas tord. Rinne est surprise de sa propre stupidité. Ses horaires particulier lui ont fait oublier le rythme habituel des japonais. Elle s’aperçoit qu’elle vient de laisser filer un détail sur sa présupposée identité. Rien de dramatique — les jeunes qui enchainent les petits boulots mal payés courent les rues tokyoïtes. « Vous croyez ? » Le visage du garçon s’est ébahis en posant la question. Sa bouche s’est ouverte, ses yeux agrandis. Oui. Rinne a plutôt été habituée à rencontrer dans ce genre des lieux des gens en appétence d’un oubli, d’une rupture (l’illusion de naviguer hors du monde et de ses obligations). Elle comprends ensuite qu’il doit davantage référer à l’image qu’elle a décrit qu’il donnait. Quelqu’un avec les pieds sur terre. Ironique pour un lieu où les esprits s’envolent. Elle le toise. Malgré elle, l’errance de son regard ne peut s’empêcher de détailler le peu de traits que l’obscurité veut bien la laisser toiser. Ce garçon a quelque chose d’intriguant, depuis le début de soirée. Elle l’écoute parler, sirote son verre au gout si particulier. « Histoire de boire, et d’oublier ». Alors, il en est ainsi ; lui aussi ? Elle ne sait pas. Elle le croit, n’a pas le choix, et la conclusion est la plus plausible. On vient ici pour s’effacer, porter une peau sans étaux. Il y a une drôle d’aura qui circule autour de lui, quelque chose sur lequel Rinne ne peut pas mettre le doigt. Peut-être est-ce l’alcool qui commence à faire effet ? Après tout, quelque instants plus tôt, Rinne était au comble de la gêne, et le monsieur l’avait fortement intimidée.
Quelque chose d’assuré — comme une dictée.
Les pieds sur terre, ou l’esprit acéré ?

« Je lui ai demandé très précisément ce que vous m’avez indiqué. »

Il y a un doux sourire un peu malicieux. C’est vrai.

« Quelque chose de peu sucré, qui soit surprenant. »

A ces mots, elle fait rouler son verre dans sa main. Comme on agiterait un fond de vin. Mais aucunes saveurs n’a la susceptibilité de s’y développer pour autant.

« Un peu comme vous, en fait. »

Elle glousse intérieurement. C’est une pic dissimulé, ou une phrase laissée en suspens. Le genre de sentence dont on ne sait généralement pas quoi faire (lorsqu’on est celui qui l’a réceptionné), ou qu’on prononce parce qu’on est bourré. Puis un fond de tiroir dans les dédales de son cerveau à moitié réveillé lui indique que la remarque est peut-être déplacée. Ou inadaptée. Qu’un inconnu peut se sentir insulté ; ou harponné. Qu’on pourrait prendre ce genre de parole pour de la drague à peine dissimulée. Du coup Rinne se sent à nouveau gênée, et pour le masquer, elle pose son verre et rive son regard dans le sien. Parce que parfois se confronter directement à la réalité permet de s’en sentir un peu plus détachée.

L’heure continue de courir
et Rinne essaye tant bien que mal de se le rappeler.
Fallait-il qu’il pique
sa curiosité ?


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Sugimoto avait tendance à être toujours tendu comme un ressort, et on s'attendait généralement à le voir bondir à la moindre impulsion. Mais l'alcool aidant, l'atmosphère lourde mais festive du lieu également, il commençait à se détendre un peu - se détendre vraiment. Il avait fini par décider que cette jeune fille était décidément inoffensive pour lui ; et quand bien même il aurait commis une erreur de jugement, toute son attention ne lui servirait probablement à rien, car cela signifiait qu'elle était trop douée pour lui. Sugimoto acceptait que certaines personnes étaient plus douées que lui, qu'elles pouvaient même être de meilleures manipulatrices que lui. Dans le fond, il n'était pas arrogant au point de se croire numéro un ; il était même convaincu qu'il avait encore beaucoup à apprendre. Pour sûr, se faire avoir froissait sa fierté ; mais tant qu'il était capable de prendre en compte cette possibilité, savait qu'il pouvait être pris en traître, alors il saurait toujours s'en défendre. C'était là sa certitude.

Il était un peu surpris de la façon dont la jeune femme le décrivait, et n'était d'ailleurs pas tout à fait certain de savoir s'il devait s'en offenser ou non. Qu'est-ce que cela voulait dire, une personne peu sucrée ? Sugimoto observa longuement la jeune fille, qui détourna le regard, en essayant de déterminer ce qu'elle voulait dire par là. Peut-être ne le savait-elle pas elle-même, qu'elle maniait les mots avec prudence, en sachant qu'il pouvait y avoir une part d'insulte mais que cela pouvait aussi être une part de compliment. Sugimoto se surprit à vouloir éclater de rire, et il se retint pour ne pas la brusquer. Mais il trouvait cela drôle. Elle avait l'air de ne pas savoir sur quel pied danser, alors que cela aurait dû être à lui de se sentir mal à l'aise. « Eh bien, je vous remercie du compliment. On dirait que vous m'avez bien cerné. » En fait, il en doutait : elle n'avait probablement vu qu'une partie de sa personnalité. Son côté homme d'affaires pressé et insensible ne faisait pas forcément de lui un meurtrier. Il pouvait avoir quelque relent d'empathie au fond du cœur. Dans le fond, c'était presque faux : il ne voyait pas vraiment comment il aurait pu s'émouvoir de la mort de quelqu'un, même s'il en était responsable. « Un peu comme vous aussi, en fait. » : ajoute-t-il d'un ton mystérieux, et lui ne détourne pas les yeux. Il veut qu'elle lise dans son regard, et qu'elle ne sache pas quelle réponse y trouver.
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